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Collectif       (Les 13 lauréats du prix du Jeune Écrivain 2013)


Icare
et autres nouvelles



C'est un drôle de bâtiment que ce recueil de nouvelles, un amoncellement à la Gaudí : tous les styles, tous les genres. Chaque nouvelle, comme une fenêtre ouverte un court moment sur un univers, jette le lecteur tantôt "in media res", tantôt le place au commencement d'une histoire pour le laisser en suspens, tantôt en fait le témoin de la mise à mort du personnage central, sur un mode soit tragique (dans Jusqu'au bout de la mer) soit grotesque (dans L'obèse et la savonnette). Le lecteur-voyeur happé par la narration en est rejeté rapidement. Crac, le rideau retombe, un volet se ferme, l'écriture s'arrête. Mais ravi d'entrer comme par effraction dans tant de branches d'histoires, il se laisse peut-être encore plus volontiers berner par la fiction et continue, malgré lui, d'échafauder des morceaux de puzzle qu'il rajouterait bien au tableau entrevu.

On sait très bien, par exemple, que le personnage d'Alexis, dans la deuxième nouvelle du recueil, n'existe qu'entre la première phrase, "On frappe", et la dernière, "Et Samuel aussi le sait". On ne peut cependant s'empêcher d'imaginer Alexis se réconcilier avec la vie auprès de ce vieil oncle pourtant déjà mort de la mort de sa femme et ces deux éclopés se redonner du souffle puisqu'à nous, ils donnent l'illusion de la vie.

Dans la première nouvelle, éponyme du recueil, on est dans l'univers clos du conte, voire une re-création de mythe, le héros étant condamné à revivre éternellement la même histoire : il y a du Sisyphe dans cet Icare-là !
Un chasseur recueille un bébé trouvé dans un nid, "nu comme un oisillon". "Les années passèrent et l'enfant fut nommé Icare". À son tour, il devient un redoutable chasseur et n'a pas son pareil pour chasser tout ce qui porte plumes jusqu'à sa rencontre fatale avec le roi des oiseaux : l'aigle.
Et crac, c'est la chute d'Icare revisitée. Mais on ne peut s'empêcher de rêver à la genèse de sa venue au monde (pardon, au texte) et à sa prochaine vie. Serait-elle la même, sans cesse recommencée où subtilement détournée de sa fatalité ?

Bref, on chausse ses (sa) lunette(s) et comme dans le film d'Hitchcock, on les braque sur un nouvel écran, une autre fenêtre qui vient de s'ouvrir sur un univers désolé où tout est recouvert de cendres, où le ciel est perpétuellement gris et où de jeunes êtres essaient de survivre et d'échapper aux croque-jarret, des anthropophages.

Dans "La Tour sous le Gris", Varelle va rencontrer Jojo et si elle est envoûtée par ce que la lumière des flammes révèle d'un "mur de verre" dans une salle à moitié enfouie dans le sol, le lecteur, horrifié, lui, comprend que ce vitrail est un vestige de notre monde dévasté, il y a bien longtemps, avant "la grande nuit".
Mais à nouveau, la narration s'arrête. On n'en saura pas plus sur nos jeunes héros de science-fiction.

C'est la règle du jeu : sauter d'une case à l'autre de cette marelle constituée de treize textes ne dépassant pas la trentaine de pages, tous écrits par de jeunes francophones entre 15 et 27 ans qui, visiblement, ont en main de bons atouts pour accéder à la cour des grands.

Sylvie Lansade 
(22/07/13)   



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Lectures









Buchet-Chastel

(Mars 2013)
352 pages - 19






En vingt-huit ans, le prix du Jeune Écrivain aura publié plus de cent cinquante auteurs et révélé plus de cinquante écrivains.
Il y a trois ans, le prix du Jeune Écrivain a fusionné sa branche française et sa branche francophone extra hexagonale pour devenir le prix du Jeune Écrivain de langue française.
Le présent recueil réunit l'ensemble des textes primés pour l'année 2013.

On peut lire la préface de Dominique Fabre et les deux premières nouvelles du recueil sur le site de l'éditeur. Cliquer ici.