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John IRONMONGER

Le Génie des coïncidences



De quelle manière bascule-t-on, dans la vie et dans le vocabulaire, du hasard à la coïncidence, et de la coïncidence au destin ? Un faisceau d’événements concordants, d’enchaînements impensables et de recoupements infrangibles peut-il laisser penser que tout est écrit ? Que quelqu’un, ou quelque chose, tire les ficelles de nos vies ? Thomas Post, pâle petit chercheur installé à Londres, consacre son temps à démontrer que les coïncidences n’existent pas. La loi des grands nombres liée à celle des statistiques, voilà son credo.
 
C’est compter sans Azalea. Cette jeune femme, dont la vie chaotique semble suivre une pente toute tracée, va faire vaciller les convictions de Thomas. Et si, au fond, il y avait quelque chose, une force, une volonté supérieure, qui décidait de tout ? La vie d’Azalea semble condenser les malheurs et les interrogations. Lorsqu’elle a 3 ans, sa mère l’abandonne dans une fête foraine. Mais en fait, la mère a été assassinée, et l’abandon n’était pas concerté. La fillette originaire de l’île de Man n’a pas de père, ou en a trop : trois hommes peuvent prétendre au titre. Elle est recueillie par la famille Folley et va passer son enfance en Afrique. Azalea est persuadée qu’elle mourra le jour du solstice d’été 2012, parce que cette date-là, le 21 juin, tous les dix ou vingt ans, signe la mort d’un de ses proches : mère, père putatif, mère adoptive… Elle voit là un déroulé implacable, auquel elle ne peut échapper.
 
Thomas et Azalea vivent une histoire d’amour, évidente mais empêchée par les convictions contraires de l’un et de l’autre. La rupture est inévitable. Jusqu’à ce que Thomas, poussé par son mentor à l’université, parte sur les traces d’Azalea revenue sur ses terres d’enfance.
 
Le Génie des coïncidences est un roman dont le motif avoué – l’idée du destin contre la rationalisation des faits – cache un sujet autre, aussi fort. L’enfance d’Azalea se déroule en Ouganda, dans une mission où enseignent ses parents adoptifs. Le lecteur est transporté dans l’univers terrible des enfants-soldats, et des exactions de la LRA (Armée de Résistance du Seigneur). Cette partie-là de l’histoire, très bien documentée et très bien rendue, parvient même à faire oublier le titre du roman. En Afrique, dans les années 1990, il ne s’agit pas de s’interroger sur les coïncidences. Le sort des enfants, la folie des illuminés, l’intervention des mercenaires, les trafics d’armes, et Azalea rencontrant – par hasard ? – l’un de ses pères potentiels… voilà sans doute la vraie trame du roman, la plus réussie.
 
On ne s’ennuie pas un instant dans Le Génie des coïncidences. On part sur une voie, on bifurque, on pense entrer dans une histoire d’amour assez convenue, une sorte de bluette joliment menée, mais John Ironmonger nous embarque sur d’autres chemins, inattendus. Et autrement captivants.

Christine Bini 
(16/03/16)    
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10/18

(Février 2016)
478 pages - 8,80


The coincidence authority
Traduit de l’anglais par
Christine Barbaste


Paru chez Stock
en juin 2014




John Ironmonger,
né à Nairobi, au Kenya, a grandi en Afrique de l’Est avant de partir en Angleterre où il a obtenu un doctorat de zoologie Son deuxième roman,  Sans oublier la baleine, a paru en février 2016 chez Stock.