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Frédéric JACCAUD


Exil


« On se croirait au cinéma, entends-je en arrière-fond. Ça doit te plaire. »
« Doit-on se battre pour des hommes ou pour des rêves. »


Pour commencer l'histoire de ce roman de la Série Noire, il y a trois récits.
Le premier, très court et en italique, donne l'impression d'être un règlement de comptes entre truands, une exécution.
La deuxième, l'essentiel du roman, débute par une course poursuite d'un petit délinquant-narrateur, dont nous ne saurons jamais l'identité, par des tueurs : « La voiture avale ce monde absurde qu'elle dégueule aussitôt dans le pare-brise arrière avec une insolente froideur. » Il va se retrouver en exil dans la petite ville provinciale, anormale de tant de normalité, de Grey Lake, enquêteur, protégé du shérif alors qu'il est recherché par la police fédérale.
Et enfin un récit, scènes de la Silicon Valley, dite simplement Valley, à l'antithèse de Grey Lake, aussi bien dans le temps que dans l'esprit, la Valley des temps héroïques, de ses débuts, quand les passionnés d'informatique se réunissaient dans des garages pour construire codes et ordinateurs, du temps où l'on rêvait au lieu de compter ses dividendes.

Au départ, ces récits semblent parallèles et on doute de beaucoup de choses. Lequel est "réel", lequel est rêvé : « Peut-être ai-je inventé cet individu relevant de la peur et du fantasme ? »
Ce narrateur ne serait-il pas Sadziak de la Valley ? Ce cow-boy chasseur de primes n'est-il pas le résultat du délire d'un esprit malade qui différencie l'humain de la machine car comme l'indique le test de Turing cité dans le glossaire final : « L'humanité se découvre dans la maladie » [mentale]. Pourquoi ces gens si normaux sont-ils anormaux ? Mais ces récits qui donnaient l'impression de n'avoir rien entre eux convergent vers une fin surprenante, féerique, qui lève les doutes.

Ce roman est avant tout un jeu de codes : « Les cartes m'ont toujours fasciné et je dois me retenir de plonger mon regard dans les courbes et les chiffres qui s'égrainent le long de celles-ci pour ne pas m'y perdre », « Les catégories citées plus haut prouvent l’instabilité du sujet », « À la suite d'un rapport de synthèse, les pages recèlent des codes et des statistiques, des schémas et des plans »... Sans compter l'ordinateur Vixen 10 qui passera le roman à décoder.

Jouer avec les codes, c’est jouer avec les genres : le polar et le western en lorgnant sur la science-fiction. Jouer avec les codes, c’est jouer avec les genres d’énoncés : liste description, journal, rapports, avis de recherche...

Pour paraphraser Shakespeare, c'est une histoire pleine de rêves et de réel racontée par un paranoïaque.

Michel Lansade 
(11/06/16)    



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Noir & polar







Gallimard Série Noire

(Mars 2016)
320 pages - 18,50







Frédéric Jaccaud,
né à Lausanne en 1977, est un écrivain suisse. Exil est son quatrième roman.


Bio-bibliographie
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