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Jenny JÄGERFELD


Mère forte à agitée




Maya, dix-sept ans, se partage entre Stockholm où elle vit avec son père Jonas et Norrköping où elle voit sa mère Juna un week-end sur deux.
C'est une élève assez médiocre, une adolescente romantico-gothique en opposition avec les codes sociaux et commerciaux de la société, remplie d'interrogations, de rejets et de colère. C'est une solitaire qui provoque et mord facilement. Enzo, l'unique et fidèle ami, est le seul en qui elle a vraiment confiance. Son père aussi, mais pas toujours. En effet si la jeune fille ne doute ni de l'affection ni de l'attention de celui qui l’élève seul depuis pas mal d'années, elle entretient également des rapports compliqués avec celui qui la traite encore en gamine. D'autant que ce père qu’elle surveille clandestinement, via Facebook ou en piratant sa messagerie, s'avère avoir une vie sexuelle agitée et des maîtresses fort jeunes.  

Le roman débute sur un accident : Maya en atelier d'Arts Plastiques se coupe l'extrémité du pouce avec une scie électrique. Mais cette mutilation n'est pas le sujet du livre, elle ne sert que de révélateur. L'essentiel réside dans le silence de la mère face à l'accident de sa fille, dans son incompréhensible absence le week-end suivant quand Maya débarque dans la grande maison, dans les perturbations que cela va provoquer chez l'adolescente. Juna est certes quelqu'un d'étrange et distant mais elle s'est toujours montrée extrêmement respectueuse de l'ordre et des engagements pris et son portable et son sacro-saint agenda sont encore à leur place. Alors Maya s’inquiète…
Pour se rassurer et se convaincre que rien de tout cela n'est grave en soi, Maya venue chez les voisins chercher une pince à épiler se laisse embarquer dans une grande fête, type danse et beuverie. La musique l'embarque et elle y fera la rencontre de la fascinante Debbie/Sarah et surtout de Justin/ Jens dont elle n'est pas loin de tomber amoureuse. 

Dès le lendemain, sans rien en dire à son père, c'est dans une quête aussi longue que la cicatrisation de son pouce et de la douleur fantôme qui l'accompagne, qu'elle s'engage. Mais que cache donc sa mère et que lui est-il arrivé ?


              Maya est un  personnage qui, par son cynisme dévastateur, son aptitude à l'autodérision et la pertinence de ses jugements, séduit et harponne solidement le lecteur pour l’entraîner à sa suite.  
Si l'adolescente narratrice, ses révoltes et ses questions, sa relation aux parents, aux professeurs et aux autres élèves, sont au cœur du roman, il s'y greffe une autre problématique, originale, celle de la difficulté d'être mère quand on est soi-même fragilisée par une relation pathologique aux autres et au monde.
Et l'enquête menée par Maya, avec les rebondissements et le suspense qui conviennent, (ce qui explique que je n'en dirai pas plus ici pour laisser au lecteur la surprise des révélations qui lui seront faites et le plaisir du dénouement) s'avère être une immersion pleine de vérité et de finesse dans l'agitation et l'inquiétude de ces adultes en devenir face à la vie autant qu'une exploration des replis de l'âme de ces adultes différents qui peinent à exister comme les autres. Des adultes « normaux » et de leurs difficultés parfois à trouver place et équilibre, également. 

Cette histoire d'une extrême vivacité, très contemporaine, à la fois drôle et tragique, baignée de sensations fortes et de sentiments contradictoires, brise les tabous autour des rapports mère-fille souvent compliqués, avec subtilité et humour. Et si cette succession de chapitres aux titres savoureux et détonnants fait la part belle à l'angoisse, au manque et au refoulement, y affleurent aussi la détermination et la joie, y explose aussi et surtout l'amour sous toutes ses formes.

Mère forte à agitée, s'il est effectivement parfaitement adapté au public adolescent auquel il a été destiné, n'en présente pas moins un grand intérêt et un vrai plaisir pour tous.
Ce roman  récompensé par le prix « Augustpriset 2010 » en Suède est effectivement une pure réussite et il ne nous reste plus qu'à espérer que les autres romans de cette psychologue-écrivain à la narration fluide et impeccable soient vite traduits pour nous offrir l'opportunité de les découvrir.
À conseiller sans modération dès 15 ans.

Dominique Baillon-Lalande 
(03/01/16)    



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Jeunesse









Thierry Magnier

(Février 2015)
368 pages - 17,50


Traduit du suédois par
Agneta SÉGOL
&
Marianne SÉGOL-SAMOY









Jenny Jägerfeld,
née en Suède en 1974, psychologue de formation, a déjà publié cinq romans et  obtenu le Augustpriset en 2010 dans la catégorie enfants et jeunesse pour Mère forte à agitée, son premier roman traduit
en français.