Retour l'accueil du site






Patrice JEAN


Revenir à Lisbonne



L’amour au temps du quadra

Que celui qui n’a jamais embelli sa photo de profil jette la première pierre à Patrice Jean ! Avouons-le, pour maximiser les rencontres, on a tendance à tricher sur sa taille, son salaire et son poids. Une stratégie payante ? Pas forcément. Si vous ciblez les cadres sup’, inventez-vous ouvrier ! C’est le choix de Gilles Ménage, héros du roman de Patrice Jean. Revenir à Lisbonne est une jolie comédie de mœurs, un drôle de feuilleton sur les petits jeux amoureux et leurs grandes conséquences.

Un Match Point version province
Gilles Ménage, prof d’histoire au lycée et en fac, séduit la belle Armande en se faisant passer pour un maçon. Cette farce innocente - un si petit mensonge - vire peu à peu à l’engrenage. Comment construire une relation basée sur une vie fictive ? Commence alors une série de péripéties, un marivaudage bien rythmé avec un héros sous tension à la Match Point. L’histoire semble se dérouler en province, dans une petite ville habitée par une flopée de personnages aux noms franco-français (André Poisson, Michel Aubry, Madeleine Bonnenfant, Philippe Dagen, etc…) qui font leurs courses à Prisunic (!) puis, deux pages plus loin, à Monoprix.

Quand l’habit fait le moine
Gilles enfile un bleu de travail et joue à l’ouvrier. Surprise, c’est ainsi et non en col blanc qu’il séduit Armande Duparc (et on entend « Du Parc ») et son cercle intellectuel féru de mixité sociale. L’habit fait le moine et les apparences sont trompeuses ? A qui le dîtes-vous ! Car Gilles n’est pas le seul à falsifier son identité. Pourquoi se travestir ? Pour plaire et être accepté. La célèbre phrase de Nietzsche est comme détournée en « deviens ce que tu n’es pas », et alors, tu auras ce que tu voudras. L’artifice comble la triste réalité de nos vies. En préambule, une phrase d’Oscar Wilde, maître en la matière : « Le premier devoir de l’homme est d’être aussi artificiel que possible. Personne n’a encore découvert le second ». On maquille la réalité comme on embellit son profil Facebook ou Meetic.

L’amour comme imposture
Jeté par son ex-femme, ce quadra célibataire rêve d’une petite étincelle. C’est l’homme moderne en 3D : divorcé, déprimé et désenchanté. Un monsieur-tout-le-monde qui, avec les années, a troqué ses t-shirts No Future pour un « chapelet de cravates », et cultive malgré lui le « goût des amours inventées ». Patrice Jean le croque avec humour et cynisme (« La journée passe. L’optimisme aussi. »). Hélas, comme toutes les addictions, l’imposture amoureuse est dangereuse pour la santé. Le péché originel ! Peu à peu, Gilles subit le poids d’une « force occulte qui semble injecter dans sa vie le venin de la farce et de la comédie ». Pour s’en extraire, il s’échappe à Lisbonne où, manque de bol, d’autres mensonges l’attendent.

Un roman vif qui confirme le talent de Patrice Jean, révélé dans Les Structures du mal, très bon roman sur la culpabilité. L’auteur aborde, dans un genre très différent, le poids des apparences au quotidien et la difficile (voire impossible) sincérité de l’être.

Jeanne de Bascher 
(25/01/16)    



Retour
Sommaire
Lectures









Rue Fromentin

(Janvier 2016)
112 pages - 16











Patrice Jean,
né en 1966, professeur de français, vit à Guérande.
Revenir à Lisbonne est
son troisième roman aux
éditions Rue Fromentin.