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Anne LEMIEUX

Les Retranchées



Qui sont ces « retranchées » ? Les femmes, celles qui sont « tranchées », celles dont le confort ou la vie ont été bouleversés par la guerre, celles qu’on ne voit pas et qui, dans l’ombre pourtant jouent un rôle essentiel dans cet après-guerre douloureux. Celles qui vivent et mènent une autre guerre que personne ne soupçonne.
 
Le récit débute à Angers, en 1919. Jeanne se retrouve, toute jeune, veuve de son mari, le Capitaine Vernet. Il faut avancer. Les trois fillettes du couple vivront ce deuil sans vraiment le comprendre (comment peuvent-elles se représenter que leur père a été gazé ?) puis, enfant après enfant, elles vivront, à leur tour, leur mariage et seront, elles aussi, abandonnées par leur mari qui sera happé par la guerre ou qui aura décidé de divorcer… et ces « retranchées » porteront les lourds stigmates du passé, génération après génération. Mais ces femmes livreront, à leur manière, leur combat, vivront et affronteront cette absence, comme leur mère ou leur grand-mère. Cependant nous ne sommes pas pour autant dans une saga familiale, rythmée par les pleurs ! Bien au contraire. Parce que la vie et les situations qu’elle réserve peuvent être cocasses. Parce que ces femmes sont courageuses, discrètes mais fortes et parce que Claire, l’arrière-petite-fille voudra rompre cette malédiction familiale : Au cœur de l’histoire niche un souvenir absent. Un présent éternel et insubmersible hante le récit. On le croit coulé par le fond tandis que l’on vogue sur les courants de la vie, mais non : il refait surface, sans cesse affleure de nouveau, récif sur lequel échouent les élans poétiques, les amours, les décisions d’engagement. Il est une sécrétion de la mémoire, qui calcifie le vide de ses sucs empoisonnés.

Comment ne pas recommander ce beau roman, dense et prenant, qui nous livre une vision originale de l’émancipation féminine et de l’histoire et qui nous permet de réfléchir, en profondeur, à la manière dont s’est finalement construite, sur un champ de ruines, notre société ? Comment ne pas apprécier la fine intelligence du style et la justesse des regards sur les personnages ? 

Sylvie Legendre-Torcolacci 
(22/06/15)   



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Serge Safran

(Février 2015)
288 pages - 19,90