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Hervé LE TELLIER

Moi et François Mitterrand
suivi de
Moi et Jacques Chirac, Moi et Nicolas Sarkozy, Moi et François Hollande



Cet ouvrage très drôle révèle avec beaucoup de finesse la complexité de la communication et de l’échange entre les êtres. En effet, le narrateur en 1983 entame une correspondance avec François Mitterrand, Président de la République, enfin plutôt avec le service courrier de l’Elysée ! La naïveté du narrateur met en évidence toutes les projections de ses désirs et les interprétations les plus délirantes et contradictoires qui s’ensuivent. En effet, à chaque courrier envoyé au Président où il évoque ses problèmes personnels le narrateur reçoit une lettre type dactylographiée.

« Cher Monsieur,
Votre lettre en date du 10 septembre 1983 vient de me parvenir et je vous en remercie.
Ne doutez pas, cher Monsieur, que vos remarques recevront toute l’attention qu’elles méritent et qu’elles seront prises en considération par nos services dans les délais les plus brefs.
Je vous prie de croire, cher Monsieur, à l’assurance de mes sentiments les meilleurs.
Le Président de la République »

Au fil des années, c’est toujours la même lettre qu’il reçoit (seule la date change) mais il l’analyse et en déduit d’improbables suggestions ce qui rend la lecture passionnante. N’est-ce pas ainsi que se passent les échanges ? Chacun interprète les propos de l’autre en fonction de ses désirs et de son propre univers ce qui entraîne bien des incompréhensions, quiproquos, disputes…

Hervé Le Tellier, l’air de rien,  ne se prive pas de rappeler les ambiguïtés de François Mitterrand, ses amitiés sulfureuses pendant la guerre, ses choix étonnants :
« Cher François,
Je viens de lire, sur tes bons conseils, un livre d'un écrivain que tu admires beaucoup, Jacques Chardonne. Par la suite, j'ai été stupéfait d'apprendre qu'il était plus qu'un collaborateur. C'était un nazi, un antisémite viscéral.
Le savais-tu ?
Reçois mon amitié.
Hervé »
 
La correspondance continue avec Jacques Chirac. La négation de la réalité et l’analyse stylistique des courriers identiques est excellente : « Sur la forme d'abord, comment ne pas saisir le vif contraste entre les deux styles ? Venant d'un homme formé dans l'entre-deux-guerres, et je dirai même d'un homme de lettres, la stylistique n'étonnera personne. On ne se prive pas d'admirer le balancement alterné de la phrase, la prosodie presque classique, où résonne encore le souffle du grand roman épistolaire aristocratique (et d'ailleurs — je puis le dire sans me vanter —, cette puissance littéraire n'a pas manqué au fur et à mesure de nos échanges d'influencer ma propre écriture). En revanche, chez un Jacques Chirac de vingt ans plus jeune, formé dans l'euphorie du redressement de l'après-guerre et des Trente Glorieuses, un tel effet de style est forcément affecté, je dirais même archaïsant, ou pire encore : emprunté. Ah ! Buffon n'avait pas tort de dire que le style, c'est l'homme même. »

La correspondance se poursuit avec Nicolas Sarkozy (et les critiques ne manquent pas vis-à-vis de ce dernier) puis avec François Hollande.

C’est un très bel exercice de style pour démontrer que l’on peut faire dire ce que l’on veut à un propos.

C’est un moment de lecture distrayant qui nous enchante par le style incisif d’Hervé Le Tellier et nous mène à nous questionner sur ce qu’est vraiment la communication.    

Brigitte Aubonnet 
(02/08/16)    



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Lectures









Éditions JC Lattès

70 pages – 10 €






Hervé Le Tellier,
né en 1957, membre de l'Oulipo, auteur de nombreux livres, a obtenu le Grand Prix de l'Humour noir en 2013.

Bio-bibliographie
sur Wikipédia




Hervé Le Tellier
sur le site de l'OULIPO :
www.oulipo.net/
oulipiens/HLT







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