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Astrid MANFREDI


La petite barbare



On la surnomme « la petite barbare » : il s’agit d’une jeune femme de vingt ans, dont jamais on ne connaîtra le nom, incarcérée pour complicité d’assassinat avec séquestration. Sa beauté a servi d’appât, comme tant de fois... Incarcérée au quartier d’isolement pendant quatre mois interminables, privée de tout contact avec ses codétenues, elle se trouve presque obligée de faire le point sur sa vie : le bilan terrible qu’elle dresse de son parcours sous forme de constat est glaçant. Passé et présent se télescopent rapprochant les causes et les conséquences d’une vie chaotique : mal aimée, malmenée, sans cadre ni affection, attirée par les paillettes, la narratrice s’analyse dans ce récit qui tient autant du journal intime que du monologue, sans complaisance ni apitoiement inutiles, au moment même où l’approche de la date de sa libération l’angoisse : J’ai huit ans le temps passe comme le jambon dans la trancheuse du charcutier. On a huit tranches et on n’a rien remarqué. Drôle de métier.

En résulte un long cri déchirant, de violence, de haine mais aussi de désespoir, de faits sans appel dans cette mécanique qui fut celle de sa vie en banlieue. Sans attente d’un quelconque retour. Deux personnages permettent de comprendre la jeune femme : sa mère démissionnaire et accaparée par sa « doudoune rose » et Esba, « l’ami », guide de débauche, qui fera définitivement basculer la vie de cette jeune femme. Quelques faveurs échangées contre quelques billets, l’attrait des « Champs », territoire de chasse et de plaisirs…

Ainsi ce livre apparaît-il à la fois comme le récit d’une longue descente aux enfers, inexorable,  puisque la narratrice compare sa vie à une conductrice qui serait au volant d'une bagnole sur une autoroute où il y aura jamais un platane pour en finir mais, aussi paradoxal que cela puisse paraître, comme un début de rédemption, puisée dans le roman de Marguerite Duras, L’Amant ou les poèmes d’Henri Michaux que la narratrice cite. Comme si l’écriture, miroir où les mots reflètent la vérité, permettait de se saisir. Cette jeune fille passe au crible la société, l’univers carcéral et sait qu’elle se berce de ses illusions. Ce livre est certes violent mais c’est aussi un conte de fées à rebours, une parabole ou un témoignage, incisif, taillé au cutter et d’une lucidité qui fait froid dans le dos.

Ce premier roman d’Astrid Manfredi vous saisira et vous mettra KO par la force de son écriture et l’intensité des événements. Récit lucide, froid, sec, dans lequel chaque chapitre tombe comme un couperet. Un très beau premier roman !

Sylvie Legendre-Torcolacci 
(03/09/15)    



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Lectures



Belfond

(Août 2015)
160 pages - 15


Pocket

(Août 2016)
144 pages - 5,95




Astrid Manfredi,
est blogueuse (Laisse parler les filles) et chroniqueuse littéraire.
La petite barbare
est son premier roman.