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Alexandre MATHIS

LSD 67


LSD 67 (Liliane Sony Dora 1967) est le roman du Quartier Latin au moment où l'auteur s'est installé rue de la Huchette à 19 ans.
Grande période du mouvement hippie, des œuvres psychédéliques, de la rébellion contre l'ordre établi (famille, travail, armée, police…), du désir de liberté dans tous les domaines, goûter à tout, ne rien s'interdire, qu'importe le prix à payer et les risques encourus.
Les films, les drogues et les déambulations dans Paris, de jour comme de nuit, se taillent la part du lion dans l'ouvrage.

Côté cinéma, ce sont des centaines de films cités, jusqu'à vingt sur une page, et quasiment pas un chapitre sans une référence au septième art, avec un hommage appuyé aux articles d'Henry Chapier dans Combat ou de Michel Cournot dans le Nouvel Observateur, sans oublier la description de toutes les salles de cinéma, nombre de places, largeur des allées, confort des sièges, format de l'écran... Bonheur absolu pour les cinéphiles qui en ont pour leur argent.
La musique, vinyles et juke-box, et les livres occupent aussi une place importante dans le quotidien du narrateur et de ses amis et, comme pour les films, le nombre de titres, d'auteurs ou d'interprètes cités est astronomique.

Pour les drogues, le livre constitue un catalogue complet des produits "classiques" ou artisanaux, y compris la composition (intégralement transcrite du Vidal) de certains médicaments pris seuls ou incorporés à des cocktails aux effets les plus variés. On suit les personnages, comme vécu de l'intérieur, dans leurs "trips" (ce qu'ils voient, entendent, ressentent) et leurs "descentes" avec atterrissage très bref dans une réalité qu'ils s'empressent de quitter au plus vite.

Quant à Paris, au Quartier Latin plus précisément, le livre devient guide, avec d'innombrables précisions sur les cafés, les parcs, les petits hôtels, les librairies, leur adresse, la distance qui les sépare les uns des autres, la longueur des rues et l'histoire de tous ces lieux, l'auteur nous les montrant tels qu'ils étaient aux siècles précédents, tels qu'ils ont été écrits, par Huysmans entres autres, tels qu'ils apparaissent même de façon fugitive dans un film.

Et puis il y a les personnages, qu'on suit de chapitre en chapitre (le livre est constitué de petits chapitres très courts, comme des chroniques ou les pages d'un journal intime).
Ces personnages, outre le narrateur, sont les trois du sous-titre : Liliane et son couteau dans une botte ; Sony, ses défonces et ses fous rires ; Dora, toujours en recherche d'éther ou de trichlore. Mais on croise ou on suit aussi Chico et ses maux de dents, Christophe le dealer qui donne ses rendez-vous dans les églises, Sandrine et Elisabeth, Peter l'élégant, JF, Christian, Doudou, Cybèle et beaucoup d'autres…
On les accompagne dans leurs errances, on écoute leurs conversations, on s'émeut de leurs histoires d'amour et de leurs ruptures (pas de jalousie bien sûr, chacun est toujours libre), de leur moments de mal être ou d'extase.
On partage leur souci permanent du manque d'argent, la difficulté de se procurer suffisamment de drogue, parfois même de manger, et toutes les ruses qu'il faut inventer pour aller au cinéma sans payer quand il ne reste plus le moindre franc.

Alexandre Mathis offre aux lecteurs un ouvrage riche, foisonnant, très documenté, qui permet de découvrir ou retrouver l'atmosphère du Quartier Latin en 1967 avec une abondance de précisions (sans oublier les 281 notes en fin d'ouvrage) qui réjouira les amateurs les plus exigeants.

Serge Cabrol 
(26/09/13)    



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Lectures









Editions Serge Safran

(Août 2013)
512 pages - 23,50









Alexandre Mathis,
né à Besançon en 1948,
est écrivain, photographe, et historien de cinéma français. LSD 67 est son septième roman.


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