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Peter MAY


Les fugueurs de Glasgow



Une histoire vieille de cinquante ans remonte à la surface et nous voilà partis en Grande-Bretagne en 1965 sur les traces de cinq ados qui filent de Glasgow à Londres pour réaliser leur rêve de groupe musical à la manière des Beatles, Rolling Stone et autres Kinks. Mais leur voyage ne sera pas de tout repos et ne débouchera pas sur une gloire planétaire. Cinquante ans plus tard, certains reprennent la même route pour régler les comptes de cette époque…

Le roman s’ouvre sur un meurtre. Un ancien comédien qui avait disparu depuis de nombreuses années est assassiné, « étranglé dans une chambre miteuse de l’East End à Londres ».  Par qui ? Pourquoi ? Nous le saurons bien plus tard, mais la nouvelle parue dans un journal écossais réveille des souvenirs chez trois hommes âgés de près de soixante-dix ans. Jack se remet assez bien d’un infarctus mais utilise encore sa canne pour sortir. Par contre, Maurie est en phase finale d’un cancer dans un hôpital. Dave, quant à lui, est aux prises avec un alcoolisme chronique qui n’arrange pas sa santé. Pourtant, les trois hommes vont se relancer dans une aventure échevelée sur les traces de leur fugue de 1965. C’est Maurie, malgré son état calamiteux, qui en convainc les deux autres.

Simon Flet, l’homme récemment assassiné, a été accusé d’un meurtre, d’où sa cavale de cinquante ans. Il a totalement disparu pour ne remettre les pieds sur le sol britannique que quelques jours avant d’être étranglé. Visiblement, son retour posait problème à quelqu’un. Pourtant, Maurie sait que Simon Flet n’a tué personne. « Ce n’est pas Flet qui a tué ce jeune voyou. Je suis le seul à avoir vu ce qui s’est passé. Je suis donc le seul à savoir. C’est un secret que j’avais l’intention d’emporter dans ma tombe. Mais ça, ça change tout. Je sais qui a commis ce meurtre en 1965. Et je suis certain de savoir qui a tué ce pauvre Simon Flet. Il faut que je retourne là-bas. Je n’ai pas le choix. » Pas question de laisser partir leur ami seul, surtout dans son état. Les deux autres n’hésitent pas à l’accompagner. Rien ne les retient vraiment à Glasgow. Jack embauche son petit-fils, Ricky, pour conduire la voiture. Et les voilà partis. Mais comme en 1965, l’aventure ne va pas manquer de contretemps, d’incidents et de complications qui nous font rire beaucoup plus qu’eux.

En alternance avec cette vadrouille du troisième âge, Jack nous raconte en détails leur fugue de 1965. Ils étaient cinq à l’époque, cinq amis, passionnés de musique, désireux de réussir comme tant d’autres groupes des sixties. Ils avaient tous des problèmes avec l’école ou la famille, ou les deux, et partir était une libération. Une autre vie les attendait à Londres, ils en étaient sûrs. Et de toute façon, déjà, à l’époque, rien ne les retenait à Glasgow. Mais la réalité les a vite fait déchanter. Les mauvaises rencontres et les mauvais choix ont rythmé leur voyage. Au fil des pages, le lecteur a sans cesse envie de leur dire : « Allez, ça va, stop ! Vous n’allez pas encore vous mettre dans cette nouvelle galère ! » Mais rien n’y fait, ils sont exaspérants de naïveté et d’inconscience. Rimbaud avait raison : On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans !

Bien sûr, les deux fugues, celle de 65 et celle d’aujourd’hui, ne cessent de se croiser, de se compléter et on apprend peu à peu tout ce qui s’est passé : qui a été tué, par qui, pourquoi…

Roman initiatique, roman d’aventures, roman noir, mais roman d’amour aussi parce que Rachel s’est rapidement trouvée sur leur route. Peter May manipule parfaitement les secrets et le suspense. Le résultat est passionnant. On retrouve (ou on découvre) avec plaisir l’atmosphère des années soixante où tout semblait possible pour échapper à la grisaille du quotidien et au carcan familial. La fugue, la musique, la drogue, le sexe, tous les chemins menaient à la liberté. Les jeunes étaient prêts à tout mais les hommes âgés qu’ils sont devenus ne paraissent pas beaucoup plus sages. La quatrième de couverture nous indique que l’auteur s’est inspiré de sa propre fugue, c’est sans doute ce qui ajoute un accent de vérité et de sincérité à l’ensemble. Pas d’hésitation, prenez la route de Glasgow à Londres sur leurs traces, vous ne le regretterez pas !

Serge Cabrol 
(14/09/15)    



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Noir & polar








Rouergue Noir

(Septembre 2015)
336 pages - 22,50

Traduit de l'anglais par
Jean-René Dastugue






 Domi Photographe
Peter May,
né à Glasgow en 1951,
a été scénariste pour la télévision écossaise (plus de mille scénarios en quinze ans) avant de s'installer dans le sud de la France pour écrire des romans policiers.

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