Retour à l'accueil du site
Retour Sommaire Nouvelles





Marc MENU

Petites méchancetés sans grandes conséquences


De la cruelle anecdote :
« Le chien tirait sur la laisse. La petite dame arrivait à grand peine à le retenir. Et puis, cet autre chien, de l'autre côté du canal…
Son corps fut repêché huit jours plus tard au large du Havre. Elle qui avait toujours rêvé de voir la mer. » (Plouf le chien)
au détournement du fait divers devenu référence commune :
« Le petit Grégory attend sa maman à l'accueil du magasin… Elle arrive en courant, tout essoufflée, se penche, prend l'enfant dans ses bras, le serre très fort. Il redouble de pleurs. Elle échange un sourire attendri avec l’hôtesse et les caissières.
– Il a eu une grosse peur, le pauvre chéri, minaude-t-elle. C'est fini maintenant, maman est là !
Et elle s'éloigne, en essayant vainement de le réconforter.
Dans une ou deux minutes, quand la vraie maman viendra récupérer son enfant à l'accueil, elle sera déjà loin. » (Maman)
D'un tableau peu académique du troisième âge :
« De sa lucarne, le vieux pouvait voir tous les jardins d'alentour. Il avait plaisir à les regarder, quand le printemps faisait chanter leurs couleurs et que les enfants des voisins venaient s'y ébattre, joyeux et insouciants. À portée de fusil. » (De sa lucarne)
à l'actualité prise au piège de l'humour caustique :
« – Vous avez vu la fille des voisins avec son foulard ? Encore une  qui s'est convertie à l'Islam…
– Mais non... La pauvre petite a attrapé un cancer. Le foulard, c'est parce qu’elle a perdu ses cheveux à cause de la chimio.
– Ah bon… Oh ben j'aime mieux ça ! » (Menace islamiste)
toutes ces nouvelles, cinglantes de brièveté et de férocité font mouche et méritent d'être lues et découvertes.

Car, au-delà de l’exercice de style brillant, en équilibre entre provocation, humour et satire, ces textes aux chutes semblables à des couperets, fascinent par leur  justesse de ton, leur capacité à créer en quelques mots personnage ou ambiance, et font preuve d'une remarquable efficacité.

C'est jubilatoire et truculent, avec un regard  à la fois acéré et bienveillant sur le monde, ses habitants et leur quotidien, avec un esprit ludique qui joue à nous mettre K.-O., le sourire en coin.
Et l'on se sent presque frustré quand le recueil se termine (bref lui aussi : 82 pages), gourmand d'un peu plus de ces petites méchancetés qui, loin d'être anodines, pourraient être plus sérieuses et plus profondes qu'elles ne l'affichent.

Un vrai plaisir de lecture. 

Dominique Baillon-Lalande 
(12/11/15)    



Retour
Sommaire
Lectures









Quadrature

(Octobre 2015)
84 pages - 10






Marc Menu,
né à Bruxelles en 1961, s’occupe désormais de poésie à plein temps.