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Michel MOATTI

Retour à Whitechapel



Les serial killers fascinent, fictifs ou bien réels. Quand ils ont tué des êtres de chair et de sang, et non des personnages de fiction, ils épouvantent. Lorsqu’ils n’ont pas été arrêtés, ils entrent dans la légende. C’est le cas de Jack l’éventreur, qui en 1888 a assassiné au moins cinq femmes dans le quartier de Whitechapel à Londres. Meurtres horribles avec mutilations et éviscération. Fanfaronnade de l’assassin, qui expédie la lettre bien connue « from hell », et un bout de rein. Des générations d’enquêteurs se sont penchées sur le cas de Jack the Ripper. De multiples hypothèses ont été avancées sur son identité, qui balaient la société londonienne des bas-fonds à la famille royale. On se souvient peut-être de Portrait of a killer (2002) de Patricia Cornwell. Michel Moatti ajoute sa pierre à l’édifice.
 
Moatti choisit de placer son roman dans le Londres de 1941, durant le blitz. Amelia Pritlowe est infirmière, elle soigne les blessés au cœur d’une capitale ensanglantée, et voilà qu’elle apprend qu’elle est la fille de Mary Jane Kelly, la dernière victime de Jack l’éventreur. Son père lui dévoile ce secret dans une lettre posthume. Mary Jane Kelly n’a pas seulement été assassinée, elle a été anéantie. Dépecée. Lambeaux de chairs découpés jusqu’à laisser les os à nu. Visage détruit. Cœur prélevé. Du sang du sang du sang dans la chambre de Miller’s court. Amelia veut en savoir plus sur le passé de sa mère, sur les victimes du monstre, sur le Londres de cette époque. Elle intègre un club de ripperologie, un de ces cercles où les détectives amateurs et les férus d’histoires non résolues tentent de démontrer qui était Jack l’éventreur. Amelia a donc accès à de nombreuses pièces du dossier. Elle avance dans sa quête, et dans son histoire.
 
Michel Moatti s’appuie sur une documentation solide, et alterne dans son roman les carnets d’Amélia de 1941 et les flashbacks sur 1888. La partie historique est reconstituée de façon réaliste, y compris dans le langage. On explore la misère et la solidarité, on découvre le peuple des femmes livrées à elles-mêmes, le monde de l’alcool et de la violence, de la crasse. Géographiquement, les beaux quartiers côtoient les bas-fonds, et les hommes bien mis rôdent parfois autour des prostituées édentées et soûles. La partie romanesque s’appuie, dans le dernier tiers du livre, sur un ressort rudement malin : Amelia apprend, par ses recherches dans son club, qu’un bébé était présent lors de l’assassinat de Mary Jane Kelly. Ce bébé, ce ne pouvait être qu’elle, Amelia. Elle a donc vu le monstre. Comment remonter aussi loin dans ses souvenirs et résoudre l’affaire ? Par l’hypnose !
 
Michel Moatti mène l’enquête via son personnage Amelia, et parvient à une conclusion plausible. Plausible, et éventuellement satisfaisante. Mais résoudre l’affaire, au fond, quelle importance ? De Retour à Whitechapel le lecteur conserve avant tout l’image du bébé – fictif – assistant au meurtre de sa mère, dans un contexte sociologique terrifiant et très bien mis en scène.

Christine Bini 
(12/01/16)    
Lire d'autres articles de Christine Bini sur http://christinebini.blogspot.fr/



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Noir & polar








10/18

(Décembre 2015)
Collection
Grands détectives
420 pages - 8,10 €


Paru chez Hervé Chopin
en mars 2013





Michel Moatti,
universitaire et journaliste de formation, a été correspondant de l’agence de presse britannique Reuters et a vécu à Londres au début des années 1990. Son troisième roman, Alice change d’adresse, est annoncé pour mars 2016.