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Alice MOINE

Faits d'hiver


Un immeuble de cinq étages à Paris qui abrite autant d’occupants que d’histoires. Le schéma est assez classique mais l'auteur y ajoute une dose de piment car l’immeuble, à cause d'une vieille acariâtre et désespérée qui ouvre le roman, est sur le point d’exploser suite à une fuite de gaz.
Chaque chapitre met en scène un des appartements et ses occupants, les jours ou heures avant l'instant où tout va basculer et l'immeuble s'effondrer. L’extrême variété de situations sociales ou professionnelles, d'âges, de caractères apporte une belle vivacité à cet ensemble.
La tension est entretenue par le rappel du risque menaçant d'explosion qui nous conduit à nous interroger quant au nombre et à l'identité des survivants (ou des chanceux qui se seront absentés à ce moment précis), et à souhaiter que tel ou tel autre qui nous a attendri ou qui semble plein d'avenir en réchappe. 

Nous croiserons donc dans l’escalier ou l’ascenseur, dispatchés dans une dizaine d'appartements : Madame Loiret confite dans la frustration, l'envie et l'amertume, qui déclenchera le drame avec un égocentrisme en harmonie avec son comportement général ;
Vincent, jeune homme dépressif à l'histoire familiale compliquée, qui vient de perdre son demi-frère ;
Mina, homosexuelle québécoise travaillant dans le show business, qui se retrouve avec le bébé d'une amie sur les bras... sans savoir quoi en faire ;
Éric, journaliste coutumier des affaires internationales qui se retrouve témoin d'un accident de vélo où une jeune fille a trouvé la mort dans ses bras ;
Un étrange synergiste et sa cliente du genre "superwoman épuisée" ;
Carole, 39 ans, abandonnée par son compagnon et prête à tout pour se venger ;
La secrétaire d'un cabinet médical atteinte de prosopagnosie, incapable de mémoriser le moindre visage ;   
La mère hébergée là pour quelques jours chez un ami, le temps de trouver un logement pour sa fille étudiante, refaisant le chemin de sa propre jeunesse ;
Le mécanicien héritier de M. Rouves, le vieil homme qui logeait au quatrième, tout encombré par ce magot inattendu ;
Le psy qui reçoit à domicile et empeste tout l'escalier avec l'odeur de tabac froid qui filtre sous la porte. 

Parfois, les occupants se croisent un moment, jamais longtemps, ou l'un d'entre eux intègre dans son récit une remarque sur un de ses voisins.

Le roman se lit comme une succession de nouvelles convergeant vers un même aboutissement : la loterie de la mort. Et chacun de ces personnages qui se trouvent dans le viseur sans le savoir, possède une voix particulière pour esquisser son histoire à la première personne.
Le principe de ce roman choral mettant en scène des personnages qui a priori n'ont rien en commun et que seuls une circonstance extérieure et un lieu unique réunit, permet au lecteur de surprendre chacun dans son intimité à travers la porte entrouverte, endossant le rôle de voyeur tout en restant à l'abri. Certains personnages conserveront une part de mystère, d'autres pas, mais les situations et les personnalités brièvement évoquées, permettront à l'auteur d'introduire dans ces séquences toute une palette de sentiments (comme la peur de l'autre, la solidarité, le désespoir, le deuil, la jalousie, la solitude, l'amour, le bonheur, la déprime, la lâcheté... bref tout ce qui constitue la nature humaine), nous renvoyant à nos propres expériences heureuses ou malheureuses.

Dressés avec une écriture simple, du rythme, de la délicatesse, de la fraîcheur et de l'humour, ces portraits ne manquent ni de charme, ni de sensibilité, ni de caractère.
On verrait bien l'ensemble, assez divertissant, incarné par de bons acteurs et diffusé en feuilleton.
Un premier roman sympathique et prometteur.

Dominique Baillon-Lalande 
(15/10/15)    



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Kero

(Septembre 2015)
216 pages - 15,90









Alice Moine,
née à Toulon en 1971,
est chef monteuse pour la publicité et le cinéma.
Faits d’hiver est son premier roman.