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Joseph MONNINGER


Sur la route de Blue Earth



Ce roman est un « road trip » où deux jeunes filles traversent les États-Unis d’est en ouest dans un pick-up tirant une remorque qui transporte un vieux cheval. Elles ne sont pas parties pour les mêmes raisons mais elles sont aussi déterminées l’une que l’autre. Elles font de belles rencontres, de moins bonnes aussi, et restent toujours animées par un grand sentiment de liberté malgré le harcèlement téléphonique de leurs familles affolées qui rythme le voyage et la crainte de voir la police mettre fin à l’aventure.

Le point de départ est une petite ville du New Hampshire, au nord-ouest, près du Québec. Hattie a seize ans et travaille dans l’élevage de chevaux des Ferguson. Ce sont des gens très bien mais ils ont décidé de mettre fin à la vie de Speed, un vieux cheval qui doit être abattu le lendemain.
Ils le croyaient vraiment fini. C'est pourquoi ils avaient demandé à leur homme à tout faire, Carter, de creuser une tombe pour lui dans le pré du fond avec sa tractopelle. Ils avaient bien envisagé de laisser Speed passer l'hiver, mais si un cheval meurt en hiver dans le New Hampshire, on ne peut plus lui creuser de tombe, même avec une tractopelle. C'est une catastrophe.
Si le cheval avait été malade, blessé ou qu’il ait refusé de s’alimenter, Hattie aurait pu comprendre leur décision. Mais ce n’était pas le cas pour Speed.
Son problème, c'était qu'il ne restait plus de joie en lui, comme si son cœur était déjà mort, parce que, pour la plus grande partie de sa vie, il avait été traité comme une machine. Il avait travaillé dans des fêtes foraines, des poney-clubs et des circuits de promenade pour jeunes enfants, et aussi dans un manège d'équitation. Les Ferguson appellent ces bêtes-là des chevaux-esclaves. Quand ils l'avaient enfin pris chez eux, ils avaient su s'occuper de son corps mais pas de son cœur.

Hatttie a donc décidé de partir avec le cheval, de l’emmener loin, dans les grandes prairies de l’Ouest pour qu’il retrouve au fond de lui, l’envie de vivre et qu’il passe la fin de ses jours au milieu d’autres chevaux libres de galoper comme bon leur semble.
Le Service fédéral d'aménagement du territoire a légiféré sur ce sujet. Hattie connaît bien sa leçon. La loi de 1971 sur les chevaux et les ânes sauvages en liberté a été adoptée pour donner aux chevaux la chance de vivre de façon saine sur des territoires sains. […]Trente-trois mille chevaux vivent librement dans les grandes prairies gérées par les services de l'Aménagement, qui s'étendent sur dix États de l'Ouest américain.

Elle en a parlé à sa meilleure amie, Dolorès, excellente cavalière et passionnée par les chevaux elle aussi, dont le père est parti depuis une dizaine d’années. Elle vit avec sa mère qui vient de trouver un nouveau compagnon que la jeune fille ne supporte pas. Aux dernières nouvelles, son père vivrait dans l’Oregon, sur la côte Pacifique. Une bonne raison pour prendre la route. Elle a déjà dix-huit ans et elle a « emprunté » à un cousin (sans lui demander son avis) une vieille remorque à chevaux qu’elle a accrochée derrière son pick-up.

Quand le livre commence, la pleine lune éclaire une nuit d’automne, les filles font monter Speed dans la remorque et les voilà en route pour un long voyage…

Au fil des pages et des kilomètres, on en apprend plus sur elles, par leurs conversations et les coups de téléphone de leurs mères affolées.

A seize ans, Hattie a déjà son permis mais  ne peut conduire qu’en présence d’une personne de plus de vingt-cinq ans. Ce qui ne l’empêche pas de prendre le volant pour relayer son amie. Nous avions prévu d’échanger nos places en vitesse si nous nous faisions arrêter, et de toujours conduire avec prudence en dessous de la limite de vitesse.

Autre souci, elle est mineure et, en l’emmenant hors des limites de l’état, Dolorès commet un délit fédéral. Mais qui ne risque rien n’a rien et il en faudrait bien plus pour entamer la détermination des deux filles.

Elles vont dormir dans des campings ou des motels, croiser des gens compréhensifs mais aussi des « abrutis », et même rencontrer des cow-boys qui vont les inviter à un rodéo… Elles vont faire pâlir de jalousie Paulette, la bonne copine restée dans le New Hampshire, en lui racontant au téléphone ce qu’elles voient, vivent et ressentent.

Les aventures ne manquent pas mais elles gardent sans cesse leur objectif à l’esprit : Blue Earth pour Hattie parce que cette ville du Minnesota représente pour elle l’entrée dans l’Ouest ; et plus loin encore, la côte Pacifique, pour Dolorès qui veut rejoindre son père.

Un livre à la fois drôle et émouvant, un beau voyage qui devrait séduire les adolescents assoiffés de grands espaces et de liberté, passionnés par les chevaux ou adorant simplement les bonnes lectures. Ce serait bien dommage de les en priver !

Serge Cabrol 
(19/08/14)    



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Jeunesse







Flammarion / Tribal

(Avril 2014)
252 pages - 12,50


Traduit de l'anglais
(États-unis)
par Marie Hermet











Joseph Monninger,

né en 1953 dans le Maryland, professeur à l'université de Plymouth, est l'auteur de nombreux romans pour la jeunesse.





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