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Myette RONDAY

Les morts sont devenus encombrants



C’est un étrange univers que crée l’auteure pour son roman. Les morts communiquent (entre eux mais pas seulement) et des anges prennent forme humaine pour venir accompagner les vivants. Dit comme cela, l’histoire pourrait sembler absurde ou enfantine mais Myette Ronday se débrouille (miracle de la littérature) pour que son monde nous semble logique et cohérent, pour que les relations entre ses personnages (morts, anges ou vivants) soient riches en émotions (colère, amour, jalousie…) et que leur devenir nous passionne jusqu’à la dernière page.

Le premier que nous rencontrons s’appelle Bertie. Ancien reporter de guerre, il a déjà passé le cap des soixante-dix ans lorsqu’au cours d’une promenade dans les rues de Baden-Baden, il entend la voix d’Edna, son épouse, dont il est séparé depuis plus de trente ans et… qui est décédée depuis vingt ans. Il fait un malaise, s’écroule sur le trottoir, au milieu des passants, et un homme se propose pour pratiquer un bouche-à-bouche.
« - Laissez, je vais le faire, décida l'homme.
Bertie en eut presque un haut-le-cœur. La sirène d'une ambulance résonnant au loin acheva de le décider. Il n'irait pas à l'hôpital. Pas question de passer ses derniers moments avec des tubes dans le nez, la bouche ou la verge, ni avec une aiguille dans le bras. Il n'allait pas s'attarder davantage. Mais se faire tout de suite la malle, comme le lui suggérait Edna. Tout en douceur, il se releva et s'éloigna sur la pointe des pieds, avec une impression de transparence, de fluidité, une souplesse retrouvée, une agilité qu'il avait oubliée, abandonnant sur le trottoir son corps comme une mue. » Le voilà parti pour une errance fantomatique dans la ville et dans ses souvenirs.

À Liège, vit Sido la presque fille de Bertie. Très tôt, Sido a été abandonnée par sa mère, « évanouie dans la nature, la laissant au berceau aux bons soins d'un père trop vieux. Lequel avait abandonné son éducation à Bertie, son fils d'un premier lit. Ce dernier ne s'occupant de cette tardive demi-sœur qu'en dilettante, et la confiant tour à tour aux femmes qui avaient plus ou moins officieusement jalonné sa vie amoureuse. »

Pour le moment, Sido est entrée dans une grande colère en découvrant que son mari est au chômage depuis neuf mois et ne lui en a rien dit. Rentrant plus tôt ce jour-là, elle découvre que Jacques regarde des séries à la télé pendant que Séraphie, la nouvelle locataire du deuxième étage, arrive en peignoir pour prendre son bain.
Rien ne la retient à Liège et, quand elle apprend le décès de Bertie, elle part à Baden-Baden pour le revoir et s’occuper des funérailles. Ce voyage lui permettra de rencontrer Jim, un auto-stoppeur plutôt étrange, qui va l’accompagner jusqu’à Baden-Baden.

À Liège, Séraphie, dont on apprend qu’elle est plus angélique qu’il n’y paraît, s’entend bien avec Nina, la marchande de journaux qui est aussi voyante et aimerait transmettre ses pouvoirs à la jeune femme qui a déjà bien à faire avec les siens.

Les souvenirs des uns et des autres vont se mêler à ceux de Bertie, nous permettant de mieux les connaître et découvrir les liens qui les unissent les uns aux autres.

Malgré la présence de la mort, le ton du roman reste léger, plein de tendresse et d’humour. On se laisse porter par les rencontres, les propos et les pensées de personnages complexes et attachants qui, vu la différence de situation des uns et des autres, ouvrent de larges espaces pour une réflexion plurielle sur le sens de la vie et l’importance de reconsidérer nos relations avec les autres. Une lecture agréable qui engage à réfléchir et à rêver, profitons-en, les occasions ne sont pas si nombreuses...

Serge Cabrol 
(09/05/16)    



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Les 5 sens

(Février 2016)
240 pages - 17










Myette Ronday,
née à Liège,
vit maintenant dans le Lot.



Bio-bibliographie sur le site qu’elle partage avec Jean-Pierre Otte :
Plaisir d'exister