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Hoai Huong NGUYEN

L’ombre douce



Ce livre, à l’écriture très poétique, est à la fois roman d’amour et roman de guerre. Roméo et Juliette en Indochine au printemps 1954. Roméo s’appelle Yann, c’est un soldat breton de dix-neuf ans pris dans l’enfer d’une guerre coloniale. Juliette est une jeune Annamite, Mai, la fille d’un juge de Hanoi. On se doute que leur relation ne sera pas un long fleuve tranquille...

Mai avait rencontré Yann à l'hôpital Lanessan ; il était soldat et avait été blessé au thorax. On l'avait transféré à Hanoi pour une opération compliquée et il s'en était sorti presque sans séquelles. Mai faisait partie des jeunes filles que les religieuses envoyaient aider les infirmières : elle avait été interne au couvent des Oiseaux après la mort de sa mère ; son père ne savait que faire de l'éducation d'une fille et l'avait confiée à d'autres. Depuis quelques mois, elle participait à la tâche patiente et cruelle de restaurer les forces des soldats avant leur renvoi au front.

Pendant ce séjour à l’hôpital, on découvre qui est chacun. Les origines paysannes de Yann à Belle-Île, la solitude de son enfance, son goût pour la botanique et les raisons qui l’ont amené à s’engager dans la vie militaire. La famille de Mai qui ne s'était pas mal accommodée des changements de la société. Son père avait reçu une éducation classique complétée par une formation à la française. Il vivait dans le paradoxe de beaucoup d'Annamites. Il était bien intégré à la société coloniale, exerçant la fonction de magistrat au tribunal de Hanoi.

On assiste de jour en jour, de regard en regard, au rapprochement des deux jeunes gens. Elle change son pansement, lui applique de l’huile de camphre. Il lui lit un poème issu d’un recueil apporté par un père jésuite. Les moments où ils sont ensemble sont les plus importants de leur journée.

Mais les obstacles ne vont pas tarder à se dresser sur le chemin de leur belle histoire.

Le père de Mai est certes bien intégré à la société coloniale mais il reste inflexible sur les valeurs traditionnelles à la maison et il a prévu un mariage pour sa fille avec un de ses amis, presque aussi âgé que lui mais toujours célibataire et très riche.

Yann est considéré comme guéri et doit rejoindre son régiment positionné dans une cuvette nommée Diên Biên Phu. Il ne sait pas encore quel enfer l’attend...

L’écriture de Hoai Huong Nguyen est précise et délicate. Ici ou là, entre deux chapitres un poème introduit la partie suivante. La poésie est partout présente dans ce livre. Les descriptions de paysages, de comportements, de sentiments ou d’événements sont fines et justes. La tendresse le dispute toujours à la violence créant une tension chargée d’émotions. Le roman est bouleversant autant pas son écriture que par son intrigue ou ses personnages. Il est aussi passionnant pour son regard aigu sur la société vietnamienne, sur ses traditions et sur ses réactions pendant le colonialisme et au moment de la victoire du Viêt-minh. Beaucoup de raisons de ne pas manquer cette très belle lecture.

Serge Cabrol 
(24/07/15)    



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Lectures








Livre de Poche

(Avril 2015)
192 pages - 6,30


Paru chez Viviane Hamy
en janvier 2013






Hoai Huong Nguyen
est née en 1976 en France de parents vietnamiens. Détentrice d’un doctorat de Lettres modernes portant sur « L’eau dans la poésie de Paul Claudel et celle de poètes chinois et japonais », elle a déjà publié deux recueils de poésie : Parfums et Déserts. L’Ombre douce, son premier roman, a obtenu plusieurs prix littéraires.