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Cécile OUMHANI

Tunisie, carnets d'incertitude


Nous retrouvons avec plaisir l'écriture poétique de Cécile Oumhani qui exprime avec des phrases courtes, comme essoufflées par l'émotion qui étreint, les évènements qui se sont passés en Tunisie et que l'on regardait impuissant.

« Décembre 2010
Un jeune s'est immolé par le feu à Sidi Bouzid, me dit Brahim. Amertume du café ce matin-là. Pas de travail. La police ne voulait même pas le laisser vendre des légumes. "Tu te rends compte ?" Nous ne savons pas encore son nom. Il continue. Violence de la répression contre des manifestants révoltés. Un silence puis il reprend. "Je ne verrai pas la démocratie de mon vivant en Tunisie." Une phrase si souvent répétée à travers les années... »

La désespérance fut le point de départ d'un espoir immense. Les rêves de tolérance ont très vite submergé les Tunisiens qui se battent toujours pour une nouvelle conception de la liberté dans leur pays. Nous accompagnons Cécile Oumhani et Brahim dans ce cheminement semé d'embûches mais où la volonté d'aboutir à un monde meilleur existe toujours.

Cette autre rive de la Méditerranée a aussi été à l'origine d'un mouvement sans précédent qui a entraîné d'autres pays dans son sillage. Beaucoup de douleurs et d'espoirs pour ces femmes et ces hommes tunisiens, pour la jeunesse qui s'est révoltée pour obtenir plus de libertés et plus de dignité.

Les dates jalonnent les souvenirs et les angoisses vécus de 2010 à 2013. Nous retournons aussi en 1976, sur une longue absence du pays : « Une terre à laquelle je suis arrachée sans retour […] Des années sans revenir. » Puis une première visite après une très longue absence et une deuxième où le passeport de Brahim a été retenu à l'aéroport au moment du départ de l'avion.
Tous ces moments rappellent que la démocratie est à défendre éternellement.

« 20 juillet 2013
Comme la vie est lente
Et comme l'Espérance est violente

Un poème d'amour pour parler d'un pays et dire l'attente qui ronge, l'impatience qui brûle...
Encore et toujours, la Tunisie.
II y avait eu tant de clarté et la route en semblait baignée jusqu'à l'horizon. Ou le désir des humains est-il tel, qu'aussitôt après l'avoir aperçue, ils ont conçu l'absurde certitude qu'elle demeurerait ? Sans ombres et sans éclipses... »

La poésie est intrinsèquement liée au parcours littéraire de Cécile Oumhani qui danse et jongle avec les mots pour dire ce présent qui tente de renverser les carcans de la société tunisienne malgré les peurs qui persistent. Les sentiments balancent sans cesse entre craintes et espoirs et le combat des mots accompagnera toujours les révoltes.

Brigitte Aubonnet 
(20/02/14)    



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Éditions Elyzad

(Octobre 2013)
156 pages - 15,90



Vous pouvez lire
sur notre site

un entretien avec
Cécile Oumhani


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