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Dominique PARAVEL

Uniques


Uniques retrace les existences des anonymes de la rue Pareille à Lyon, le 6 janvier, jour de l'Épiphanie. Elisa, 93 ans, compte ses sous pour finir le mois ; Angèle, opératrice dans un centre d'appel, tente de vendre des forfaits de téléphone pour survivre ; Violette porte le nom d'une jolie "petite fleur de printemps" alors qu'elle est grande, grosse, pauvre et qu'on se moque d'elle à l'école ; Jean-Albert gère les ressources humaines chez Rodalpa, l'usine de textile de la rue Pareille ; Élisée, chauffeur de taxi "tel un nautonier antique, guide un chargement d'âmes assoupies vers leur destination" à une cadence infernale. Autant d'individus en quête de sens. Ils se frôlent, croisent un vagabond qui a délimité son espace de vie devant le supermarché, une femme vêtue d'un manteau noir et de gants rouges et ils espèrent tous, que quelque chose ou quelqu'un pourrait donner un sens à leur vie.

Dans ce livre subtil, Dominique Paravel remet en cause les mécanismes sociaux de notre époque. Quelles logiques président aux licenciements ? Pourquoi certaines tâches, comme celles d'agent d'entretien, demeurent-elles ingrates ? Le pire pourtant ce n'est pas la neige, ni la fatigue. Le pire c'est le silence. Jamais personne ne leur dit que le travail est bien fait, que tout est bien propre, que sans elles le reste des activités de l'entreprise serait impossible. Tout est lié, tout le monde est lié, si on enlève une brique le château entier s'effondre.

Une question fondamentale traverse tout son livre, le 20è siècle a-t-il réellement fait progresser l'humanité ? Afin de trouver une réponse, l'auteur creuse le passé de la rue Pareille. Elle revient sur l'industrialisation, l'apparition de l'usine Rodalpa, les premiers ouvriers, comme si dans cette mise en perspective du passé et du présent, un sens pouvait apparaitre.

Souvent, le fantastique côtoie le réel comme dans ce passage où le responsable des ressources humaines croit apercevoir les yeux d'un loup derrière une œuvre d'art : il a fixé un moment l'écran, cherchant à comprendre le sens de cette apparition surprenante, et a soudain reculé. Presque indiscernable, habilement dissimulé dans l'immobilité innocente du paysage urbain, un loup le regardait. La violence de cette découverte l'a suffoqué. Il a fait un pas de côté, le regard du loup l'a suivi, glacé.

L'auteur explore la capacité de résistance et de création qui réside au fond de chaque être. Derrière la tentation de l'abandon résonnent les cris de la révolte et les échos d'une sauvagerie primaire : Elle a ouvert la fenêtre. Les hurlements des chiens avaient repris, la rue entière résonnait d'appels croisés et terrifiants. Elle a écouté. Ce n'étaient pas des chiens. Non. Ce cri glaçant et sauvage, ce chant fascinant des profondeurs, c'étaient des loups. Venus du plus noir des forêts, pelés, les flancs creusés, ils avaient envahi chaque rue, chaque quartier, et, le museau levé, ils appelaient Angèle.

C'est un livre qui rend hommage aux anonymes et interroge nos existences. L'auteur explore les maux de notre société sans basculer dans un pessimisme outrancier. A la lisière du fantastique et du rêve, elle laisse affleurer la possibilité d'un nouveau lien social. Un très beau premier roman.

Enora Bayec 
(29/08/13)    



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Lectures









Editions Serge Safran

(Août 2013)
168 pages - 15


Pocket

(Janvier 2016)
124 pages - 5,30





Dominique Paravel,
née à Lyon en 1955, s'installe à Venise en 1983.
Uniques est son deuxième livre de fiction.





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