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Aymeric PATRICOT

L'homme qui frappait les femmes


Le narrateur de ce récit est, en quelque sorte, un "Dr Jekyll et Mr Hyde" moderne ou un homme maudit par le sort. Cette autobiographie pour le moins originale est placée sous le signe de la confession et, dès les premières pages, le ton de l'aveu est donné : "Je ne chercherai pas dans ce livre à me justifier, ni même à présenter les choses, sous un jour avantageux pour moi. Je ne ferai pas non plus l'apologie de ce que j'ai commis. Je comprends qu'on m'en veuille et, dans une certaine mesure, je comprends qu'on fantasme ma mort". Pacte de sincérité programmatique proposé au lecteur, cet incipit est prometteur.

En réalité, le narrateur, mû par des pulsions aussi noires qu'incontrôlables, est un homme qui bat, frappe, violente les femmes. Ce désir pourrait s'assimiler à un besoin irrépressible et impérieux dont le narrateur a pris conscience le jour où, jeune collégien de Deauville, il a giflé sa première petite amie. Ses rencontres et ses amitiés, parfois intéressées, le pousseront vers des univers parfois glauques, alors que, dans le même temps, le narrateur, présidant une association qui défend la cause des femmes mènera une carrière qui le poussera vers la célébrité : ultime paradoxe de ce personnage !

Mais s'il s'est acharné sur des connaissances, sur Clarisse son épouse et sur toutes les femmes qui ont eu la malchance de se trouver sur son chemin, un jour tout va basculer et c'est le sort qui va s'acharner contre le narrateur : divorce, maladie, haine de ses enfants…
Et c'est la dureté de mon fils qui m'a le plus atteint. Il m'a fait la bise et m'a regardé d'un air neutre, me débitant la phrase qu'il avait sans doute pensée : "Tu le mérites finalement."

Témoignage d'une véritable descente aux enfers, ce récit n'a pas vocation à disculper le narrateur, mais soulève des questions. Quelle est la part du monstre dans un homme ? Comment conjuguer ses pulsions avec une vie sociale ou conjugale ? Autant de questions abordées dans la deuxième partie de l'ouvrage, un essai intitulé L'insoutenable, qui analyse, sur un plan plus théorique (on notera l'influence de Georges Bataille) et littéraire, cette violence qui dicte la conduite du narrateur : L'insoutenable, c'est l'inconcevable pesant sur notre corps.[…] L'insoutenable, ce sont encore ces parties de votre esprit qui se laissent écraser, s'effritent, pourrissent et dépérissent, brouillant toute lucidité.

Ce roman aborde donc un sujet tabou, face auquel le lecteur se sentira parfois mal à l'aise et déstabilisé : suivre l'itinéraire d'un homme soumis à ses pulsions de violence et de mort n'est pas évident mais le récit est sans détour, d'où la nécessité de ce diptyque.

Aymeric Patricot, en signant son quatrième ouvrage, n'a donc pas choisi la facilité tant par le sujet que par les choix narratifs. Mais si un roman doit réveiller la conscience de son lecteur et le pousser à s'interroger, le pari est gagné.

Sylvie Legendre-Torcolacci 
(15/03/13)    



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Lectures









Léo Scheer

(Février 2013)
184 pages 19









Aymeric Patricot,
né en 1975, a vécu quelque temps au Japon avant de devenir professeur de lettres dans un lycée et à Sciences-Po. L'Homme qui frappait les femmes est son quatrième livre.


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le site de l'auteur :
www.aymericpatricot.com