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Charles PÉPIN


La joie



Je me suis senti bien […] parce que je n’espérais plus rien. […] Je lui dis que j’ai cette vie-là à aimer et que c’est bien assez. Je lui dis que je ne veux pas de son espoir parce que l’espoir est un poison : un poison qui nous enlève la force d’aimer ce qui est là.

Il n’y a pas de raison à la joie, comme il n’y en a pas à la mélancolie. On est envahi dans un cas comme dans l’autre par quelque chose qui nous submerge et qui nous renvoie à la réalité du monde. La vie est une tartine de merde, je le sais et/ou la vie est belle et je l’accepte toute entière.

Charles Pépin crée le héros de son livre à partir de l’essai de Clément Rosset sur la joie, La force Majeure, et le nomme Solaro puisqu’il va être à la fois solaire, illuminé, réjoui de mille petits bonheurs quotidiens, de ce que le monde existe tout simplement, et de plus en plus solitaire parce qu’on ne pardonne pas à ceux qui affirment leur liberté. On ne les comprend pas et on finit par les juger et les exclure. La joie de Solaro n’est jamais exubérante, c’est une réjouissance contenue, discrète, durable puisqu’elle est entièrement basée sur l’instant, impardonnable parce que seuls les saints et les fous acceptent tout, ne désirent que ce qu’ils ont, ce qui est. Ce sourire constant aux lèvres de Solaro va lui coûter très cher. Il faut dans notre société avoir la mine de circonstance, la posture adéquate à la situation et l’attitude de Solaro choque, crée des quiproquos et des situations comiquement tragiques.

Il me demande alors pourquoi j’ai crié, seul, au fond du jardin. C’est simplement parce que j’étais content, parce que c’était beau et imprévu. Ces fleurs s’ouvrent et se referment dans la même journée. L’une d’elles s’était ouverte à nouveau après s’être refermée, cela n’arrive jamais. Elle était complètement épanouie, traversée de soleil. Le médecin est contrarié.

L’essai philosophique est donc transformé en aventures romanesques, celles d’un frère de Meursault, d’un qui ne joue pas le jeu des grimaces sociales mais se tait pour mieux laisser entrer le monde. Alors qu’un autre serait accablé par l’enchaînement des malheurs qui s’abattent sur lui – à l’instar de Job, nul ne peut être plus malmené que ce pauvre héros, cobaye d’une démarche philosophique –, sa joie demeure malgré toutes les épreuves, comme une affirmation totale de sa liberté, même dans le chagrin, même sous les coups, même au fond d’un cachot.

Cette acceptation de tout ce qui advient a évidemment quelque chose de dérangeant, c’est une folie mais comme elle témoigne du triomphe de la vie, ici et maintenant, elle est contagieuse. C’est percutant et réjouissant.

Sylvie Lansade 
(05/02/15)    



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Allary

(Février 2015)
180 pages - 17,90





Charles Pépin,
né en 1973, diplômé de Sciences Po et HEC, professeur agrégé de philosophie, animateur des Lundis Philo du MK2 Hautefeuille, est l’auteur de romans, d’essais et de bandes dessinées. Ses livres sont traduits dans une vingtaine de pays.



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