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Nathalie POITOUT


Avec lui.


Parlez- moi d’amour et j’vous fous mon poing sur la gueule…
Georges Brassens

Nathalie Poitout a divisé son court roman en trois parties : pendant l’histoire, les vies séparées, le voyage de Marie.
Première partie, la plus longue, Paul et Marie se rencontrent. Ils s’aiment. Ils ne vivent pas tout de suite ensemble mais sont sans cesse dans la joie de se retrouver, de se découvrir, de vouloir partager leur quotidien.
Dans cet amour, Paul se reconstruit, Marie se perd.
Il provoque Marie. Lui dit que croire en l’amour comme le seul et unique sens de la vie ne sert qu’à masquer le vide qui est en soi. Dit ici que Marie est vide. N’existe pas. Nie à Marie toute existence en dehors de lui. D’eux.
Deuxième partie, l’amour s’en va, les paragraphes sont plus courts, les phrases plus sèches. Marie n’a pas remplacé Marine, il s’en faut d’une lettre mais elle pèse lourd ! Marie a juste servi de béquille à Paul pour guérir d’une blessure narcissique : sa femme, Marine, la mère de ses enfants a osé le quitter. Marie l’a rassuré, il se retrouve, apprécie sa solitude, sa nouvelle liberté, ses enfants une semaine sur deux, son métier de professeur à Paris qui lui permet à la fois des mondanités et de retrouver les charmes de sa maison normande toutes les fins de semaine. Pour Marie, c’est l’effondrement. Elle a tout misé sur cet amour et perd tout.

Un petit livre cruel sur l’amour ? Un de plus dont la morale serait, non pas gardez-vous d’aimer, mais aimez et gardez-vous ! Gardez de vous un noyau irréductible. Votre personne n’est pas soluble dans l’autre. N’attendez pas tout de l’autre qui vous est pourtant devenu indispensable ! La quadrature du cercle en quelque sorte !
Ou un livre beaucoup plus philosophique sur nos vies futiles, égoïstes jusqu’à l’hédonisme, prosaïques, sans élévation spirituelle ? Dans l’univers de Paul, le poulet-frites, les courses, le réfrigérateur, la baguette de pain exprimaient une sacralité. Celle du père qui comble l’absence de la mère. Les prénoms de Paul et Marie, bibliques, la sourde présence d’églises, Saint-Augustin notamment, en fond, derrière les personnages, la réflexion de Paul qu’il n’existe qu’une seule famille. Celle de la Sainte-Trinité. Sont comme de petits cailloux, indices jetés par la narratrice pour une réflexion sur l’Amour, au-delà de l’amour entre deux personnes.
La reconstruction de Marie, la troisième partie du livre, passe d’ailleurs par la solitude de plusieurs voyages, un repliement sur soi, une psychanalyse, un recueillement géographique, en Asie, et une recherche spirituelle. Elle a terminé ses études de théologie. Elle reprend le cours de sa vie.

 La description clinique de cette acmé amoureuse et de son déclin si elle fait froid dans le dos ne peut laisser indifférent tant elle reprend de grandes interrogations.
Elle aimera encore. Différemment. Car elle n’attend plus de l’amour qu’il l’écrive. Elle n’attend plus d’un homme qu’il réalise ses rêves. Elle n’attend plus rien. Elle regarde le vent souffler.

Sylvie Lansade 
(17/09/15)    



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Lectures











Alma éditeur

(Août 2015)
144 pages - 16







Nathalie Poitout
est née en 1971.
Avec lui. est son
premier roman.