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Pierre POUCHAIRET


La filière afghane



Ce roman en prise directe sur l’actualité doit beaucoup à la connaissance du terrain que peut en avoir l’auteur et notamment pour l’Afghanistan où se déroule la partie centrale du livre et où Pierre Pouchairet a passé plusieurs années lorsqu’il était officier de police. Il a aussi été chef d’un groupe luttant contre le trafic de stupéfiant à Nice, comme le capitaine Gabin, son personnage récurrent, qu’on retrouve ici dans une enquête qui va l’emmener de la drogue au terrorisme et de Nice à Kaboul…

Le roman commence au moment où, après un gros travail de filatures, de repérages et de surveillances, Gabin pense qu’il est temps de lancer son groupe à l’assaut d’un réseau important.
– On a visualisé pas moins d'une quarantaine de dealers ou complices. Ils sont filmés ou photographiés. On en a identifié formellement près de la moitié. On a plus d'une centaine de toxes, dont une quarantaine de logés. Le jour où on décidera de taper, il va falloir du monde.
[...]
Il faudrait commencer par l'arrestation d'un dealer d'un bon niveau et ensuite taper dans la foulée ceux de la rue. 

Mais, rapidement, l’enquête va prendre une nouvelle orientation : le réseau serait approvisionné par un imam, Bachir Hamdani, qui va chercher l’héroïne directement en Afghanistan plusieurs fois par an.

Dans le quartier niçois de l’Ariane, l’imam Bachir Hamdani, un Franco-Afghan directeur d’une ONG, travaille en collaboration avec un mollah d’origine kurde, Ismaïl Guzel, qui se désespère de voir la difficulté de recruter pour Al-Qaïda depuis la montée en puissance de Daesh.
La concurrence entre les deux mouvements salafistes était rude. Dans son rôle de sergent recruteur, il lui fallait déployer toute une argumentation pour convaincre la jeunesse de s'engager aux côtés de son organisation. Le 11 septembre ressemblait à de l'histoire ancienne : Al-Qaïda n'était pour ces gamins en mal d'aventure qu'une nébuleuse mal définie, alors que l'EIIL* administrait un État, une armée et enregistrait des succès toujours plus médiatisés. Guzel était convaincu qu'Al-Qaïda devait reprendre la main en menant des coups d'éclat en Occident. [....] Apporter la terreur au cœur même de la France profonde lui avait paru comme une idée géniale qui allait secouer les esprits. La lutte ne faisait que commencer. »
*EIIL: État islamique en Irak et au levant, [...] Daesh en arabe, ce dernier acronyme est souvent utilisé par les opposants occidentaux car il permet de ne pas mentionner le mot « État » et surtout « Islamique »

Gabin part à Kaboul où il retrouve un ancien collègue, Serge, devenu correspondant privilégié de l’office des stups chargé de travailler en amont sur les trafics à destination de la France, un homme bien implanté dans le pays qui va lui en expliquer tous les mécanismes et toutes les subtilités. Cette partie du roman est claire, précise et passionnante, puisque l’auteur, Pierre Pouchairet, a occupé ce poste (entre autres) pendant plusieurs années. Serge présente à Gabin divers aspects de la vie à Kaboul et dans le reste du pays, les enjeux et les évolutions des luttes et des trafics. Nous les suivons au quotidien dans leur mission.

Mais l’enquête de Gabin va se télescoper avec d’autres urgences, une prise en otages de policiers afghans et la présence avérée dans la région d’un ancien ministre taliban, l’un des terroristes les plus recherchés. Serge et Gabin vont s’efforcer de concilier leur propre traque avec celles des autorités locales. Le séjour du capitaine ne sera pas de tout repos !

De retour en France, Gabin et son équipe doivent attendre l’arrivée de Bachir Hamdani et de son petit groupe à l’aéroport, les suivre, les intercepter et saisir la drogue, mais, là encore, des surprises les attendent montrant bien le lien entre trafic de stupéfiants et actes terroristes...

Jusqu’aux dernières pages, le suspense est intense et les émotions très fortes. Pierre Pouchairet réussit là un roman passionnant appuyé sur une documentation géopolitique de première main qui montre, si c’était encore à prouver, combien la fiction est un outil précieux pour la compréhension du réel. Remercions une fois de plus Jigal pour la qualité de ses choix éditoriaux.

Serge Cabrol 
(23/06/15)    



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Noir & polar








Éditions Jigal
(Mai 2015)
272 pages - 18,50




Pierre Pouchairet,

né en 1957, était commandant de la police nationale, chef d’un groupe luttant contre le trafic de stupéfiant à Nice, Grenoble ou Versailles… Il a également représenté la police française au Liban, en Turquie, a été attaché de sécurité intérieure en Afghanistan. Il a passé plus de 4 ans à Kaboul. Aujourd’hui à la retraite, il a déjà publié trois livres.