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Véronique POULAIN


Les mots qu’on ne me dit pas


Ce premier roman est le passionnant témoignage d’une entendante dont les deux parents sont sourds profonds : Mes parents sont sourds. Sourds-muets. Moi pas. Ils ont une voix au timbre particulier : Elle a une drôle de voix, ma mère. Elle parle pas pareil que les gens dans la rue. Mais c’est ma mère et je la comprends. Ses parents ne se font pas toujours bien comprendre dans les magasins : Il arrive aussi que ma mère en ait marre que l’on me sollicite pour traduire ce qu’elle dit. Dans ces cas-là, elle se fâche : « Arrête demander à ma fille. Pain. Je veux pain. Pas compliqué ! ». Ses parents font beaucoup de bruits car ils ne les contrôlent pas puisqu’ils ne s’entendent pas : Ils ne parlent pas, ils n’entendent pas et en plus, ils me cassent les oreilles.  Ils parlent peu et utilisent la langue des signes entre eux et avec leur fille… Beaucoup de situations quotidiennes que Véronique Poulain ne vit pas toujours très bien, dans le métro quand tout le monde observe ses parents comme des bêtes curieuses : Après quelques stations, la fureur monte. J’explose : « Quoi ? Vous regardez quoi, là ? Ils sont sourds, ça vous dérange ? » Silence. Le wagon entier regarde ses pieds.
  
Un texte extrêmement fort et très touchant par la justesse du ton et l’authenticité des propos. En effet, Véronique Poulain n’hésite pas à écrire les sentiments qu’elle éprouvait face à ses parents sourds. La honte l’a souvent envahie : On dit « muets », sourds et muets. Idée reçue. Les sourds parlent. Ils ont une voix. […] Une voix ridicule qui vous fout une honte suprême quand vous la subissez.

Elle s’ennuie aussi, souvent, jusqu’au jour où elle apprend à lire : Ma vie commence à être intéressante. Je vais lire. Je ne vais enfin plus m’ennuyer. […] Je dévore les mots qu’on ne me dit pas. 

Elle a aussi profité de leur surdité comme sa cousine Eve et son cousin Alexis dont les parents sont sourds aussi puisque la mère de Véronique a un frère Guy sourd comme elle. Les trois enfants adoraient faire des blagues à leurs parents. Avec Eve, elle continue parfois, même devenue adulte…

Véronique Poulain parle de ses parents avec beaucoup de respect et d’amour et montre toutes leurs qualités même si ce n’est pas facile à vivre pour elle : C’est tout de même insensé d’en vouloir à ses parents parce qu’ils sont handicapés. Je sais bien que ce n’est pas de leur faute. Mais voilà, je leur en veux.    

C’est une plongée passionnante dans le monde des sourds d’un point de vue rarement évoqué, celui des enfants entendants dont les parents n’entendent pas. Il y a une grande richesse des thèmes abordés comme le rapport au corps et à la sexualité.  

Nous vivons aussi les moments où les sourds ont pris leur destin en main dans les années 1970 et se sont affirmés pour être reconnus notamment avec l’IVT (International Visual Theatre) dans lequel ses parents et son oncle se sont beaucoup investis.

Véronique Poulain parle simplement du fonctionnement, quelquefois particulier, de ses parents et de ses oncle et tante ce qui permet de faire découvrir l’univers des sourds. Le texte est truffé d’anecdotes qui nous permettent de ressentir au mieux ce qu’a vécu Véronique Poulain. Un texte audacieux, où l’humour est très présent, que l’on dévore comme l’auteur a dévoré les mots.

Brigitte Aubonnet 
(11/09/14)    



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Lectures








Stock

(Août 2014)
144 pages - 16,50




Livre de Poche

(Septembre 2015)
160 pages - 6,10








Véronique Poulain,
travaille dans le spectacle vivant. Elle fut pendant quinze ans l’assistante personnelle de Guy Bedos. Les mots qu’on ne me dit pas est son premier livre.