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Claude PUJADE-RENAUD

Tout dort paisiblement sauf l’amour



Le roman débute à Sainte-Croix dans les Antilles danoises où vit Regine Olsen avec son mari Frederik Schlegel qui est gouverneur danois et tente d’éradiquer l’esclavage. Regine, en décembre 1855, vient d’apprendre, par le courrier arrivé par bateau, que Søren  Aabye Kierkegaard est décédé le 11 novembre 1855 à l’âge de quarante-deux ans. Regine et Frederik vivent éloignés de Copenhague loin de leurs familles et de leurs amis. Regine est particulièrement touchée par ce décès car elle a été fiancée brièvement avec Søren Kierkegaard.

Les chapitres donnent voix à différentes personnes Regine, Frederik, Henriette, la nièce de Søren, Henrik son neveu… Nous avons ainsi plusieurs points de vue pour découvrir ce philosophe qui a marqué par son œuvre, par ses provocations, par son fonctionnement atypique.

Søren a cassé les fiançailles avec Regine en août 1841 car il n’arrivait pas à assumer, il était persuadé de ne pas pouvoir la rendre heureuse. De plus, l’amour aurait pu le détourner de sa création. Regine, toute jeune femme, a du mal à surmonter cette rupture qu’elle n’a pas comprise.

Søren  Kierkegaard partira à Berlin et à son retour il apprendra les fiançailles de Regine avec son ancien précepteur. Ce n’est pas ce qu’il avait « espéré ».

Le premier janvier 1856, Regine et son mari reçoivent un courrier de Peter Kierkegaard, le frère de Søren, qui transmet au couple les dernières volontés de Søren : « Ma volonté est évidemment que ma fiancée d’antan, Madame Regine Schlegel, hérite inconditionnellement de tout le peu que je laisse derrière moi. » « L'étrange Premier de l'an. Voilà qui est bien dans la manière insolite de Kierkegaard ! Comme si ? Comme si, depuis la tombe, il m'adressait un petit signe narquois : tu vois, je ne t'ai pas oubliée, à ma façon je te dis bonne année, chère Regine ! Avec un bien joli cadeau, n'est-ce pas ? Empoisonné... »

Au fil des pages nous suivons les liens restés tissés entre les différents personnages et Søren  Kierkegaard. Nous comprenons aussi la complexité de ce penseur qui porte de lourds secrets de famille, qui se consacre entièrement à la création de son œuvre. Ce roman est un ouvrage passionnant sur les fondements de la création artistique, sur le rapport entre création artistique et folie, création artistique et souffrance, sur la confrontation entre la réalité et l’imaginaire, sur les différentes formes que peut prendre l’amour, sur les liens filiaux, sur les histoires familiales, sur les secrets de famille, sur une vie sans enfant comme celle de Regine qui n’a jamais enfanté. Regine relit les livres de Søren : « Je savoure ce passage où selon lui, grâce au pardon des péchés, l'homme se retrouve aussi léger qu'un nouveau-né auquel rien ne pèse. Søren, ce nouveau-né que je n'ai pu prendre dans mes bras, cet enfant que je n'aurai jamais ? Léger, pesant ? »

Des années après cette rupture, Regine découvrira les sentiments de Søren Kierkegaard au moment de leur rupture et tout au long de sa vie et à quel point le rapport à la mort a pu jouer un rôle pour lui qui était persuadé de mourir avant trente-trois ans dans une famille où la malédiction de la mort rôdait toujours.     

C’est un superbe roman où se mêlent biographie, suspense, émotions, analyse psychologique. Il est merveilleusement écrit et se lit avec grand plaisir tout en nous apprenant beaucoup sur la vie d’un grand penseur.   

Brigitte Aubonnet 
(17/05/16)    



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Actes Sud

(Mars 2016)
320 pages - 22 €




Photo © John Folay - Opale
Claude Pujade-Renaud
, danseuse, chorégraphe, nouvelliste et romancière, est l’auteur d’une trentaine de livres qui lui ont valu plusieurs prix littéraires.



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