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Sébastien RAIZER

Sagittarius
(L’alignement des équinoxes, tome 2)


Cette série inaugurée en 2015 avec L’alignement des équinoxes et qui se poursuivra en 2017 avec Minuit à contre-jour est de nature à ravir tous les amateurs de polars qui aiment à la fois lire et réfléchir, s’interroger sur le monde, les bases de la société, l’avenir de la planète, les liens entre le réel et le psychique, l’évolution des sciences...
Le portrait de Philip K. Dick trônant dans un des lieux importants du roman n’est pas là par hasard et la filiation est assumée. Même questions (Qu’est-ce que le réel ? Qu’est-ce que l’humain ?), même importance des produits hallucinatoires (ici la neurotoxine), même attirance vers la science-fiction (ici l’informatique, le web profond, les puces quantiques et l’évolution de l’intelligence artificielle). Mais Sébastien Raizer conserve les codes du polar et le cadre reste est une enquête criminelle menée par des policiers traquant des meurtriers (et meurtrières) détenant et développant des armes redoutables.

Les policiers, ce sont essentiellement Silver et Wolf que nous rencontrons dès les premières pages de la série.
Silver, c’est l’officier de police Linh Schmitt, née au Laos en 1975 sous le nom de Liwayway Lin Nai, recueillie par un oncle après l’assassinat de ses parents par des miliciens du Parti populaire révolutionnaire et ensuite adoptée par une famille française. La quête de ses origines a une grande importance et justifie qu’elle quitte Paris vers le milieu de ce deuxième volume pour retourner sur les traces de son enfance.
Wolf, c’est le lieutenant Luc Hackman, un ancien des commandos, une machine de guerre, asocial et très sportif, alternant les séries de pompes et la course dès l’aube dans le parc des Buttes-Chaumont. Un animal, un loup solitaire, d’où son surnom.
Dans le groupe dirigé par le commissaire Lacroix, il y a aussi Marc Sommacal, dit Marcus, un surdoué, génie de l’informatique, mal inséré dans le monde « réel » et la société, c’est le moins qu’on puisse dire, et ce deuxième volume montrera jusqu’où cela peut le conduire.

Dans le premier volume, les policiers étaient intervenus sur une scène de crime très particulière. Une jeune femme, Karen, brillante informaticienne, avait décapité un homme d’un coup de sabre. Elle se définissait comme une samouraï et l’enquête sur les motivations de cet acte rituel a conduit les policiers sur des pistes bien étranges. Wolf a été très marqué par cette jeune femme dont la voix ne cesse de le poursuivre. D’autres crimes ont continué à entraîner les policiers vers cet « alignement des équinoxes », une théorie susceptible de transformer le comportement de l’individu en « alignant » ses trois dimensions, physique, psychique et spirituelle. Une drogue pouvait y contribuer, la neurotoxine hallucinogène. L’enquête a mené les policiers vers un psychiatre, surnommé la Vipère,  qui régnait sur ce trouble univers.
 
Dans ce deuxième volume, on s’aperçoit vite que la mort de la samouraï et l’élimination de la Vipère n’ont rien réglé et que le flambeau de la théorie de l’alignement a été repris en main par Diane Lempereur surnommée l’Impératrice d’Or. Mais encore lui faut-il réunir tous les éléments dont disposait la Vipère. Elle a besoin des outils informatiques qu’utilisait Karen, son serveur et son ordinateur, mais aussi de logiciels encore plus puissants pour faire fonctionner des puces quantiques et réaliser les algorithmes vertigineux permettant un progrès considérable dans le développement de l’intelligence artificielle. Wolf va devoir mener un combat sans merci contre des adversaires imprévisibles, dans un univers où le virtuel brouille sans cesse ses perceptions.

La vision du monde qui se dégage de cette série est bien sombre. Les réflexions de Wolf n’engagent pas à l’optimisme. « La société était composée de tarés, il était bien placé pour le savoir, il en côtoyait tous les jours, criminels et victimes. On s’y insérait et on trichait, mais on ne s’y adaptait jamais. En retour d’un toit et d’une obole, d’une situation précaire d’esclave, le système rendait tout le monde fou. » Quant aux progrès de la science, au développement de l’informatique et de l’intelligence artificielle, le pessimisme est radical. On n’a pas écouté George Orwell, Big Brother a accouché de monstres qui ont déjà pris le pouvoir sur la planète dans l’apathie générale des moutons gentiment connectés. Le troisième volume de ce « thriller métaphysique » paraîtra l’année prochaine, peut-être en saurons-nous plus sur l’avenir des forces du mal. A suivre...

Serge Cabrol 
(23/08/16)    



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Noir & polar









Série Noire Gallimard

(Mars 2016)
496 pages - 20 €







Sébastien Raizer,
né en 1969, vit maintenant à Kyôto. Spécialisé dans la culture rock, il a fondé en 1992 les éditions du Camion blanc. Traducteur pour la Série Noire, il avait déjà publié un premier roman, Le Chien de Dédale, en 1999 aux éditions Verticales. Le premier volume de L'alignement des équinoxes (Série Noire, 2015) a aussi paru chez Folio.



L'alignement des équinoxes

Folio
(Mars 2016)
560 pages - 8,70 €