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Mélanie RICHOZ


J’ai tué papa


« J'ai tué papa.
Il a posé sa main ouverte sur son cœur et sa bouche a grimacé en émettant le cri de celui qui meurt. Il a cessé de respirer. Son corps a glissé de la chaise. […] J'ai fini mon assiette. Je suis un garçon obéissant, je ne sors pas de table sans avoir fini mon assiette et m’être essuyé la bouche, puis je me suis couché à côté de papa sur le carrelage. »

Antoine agit "étrangement" car il ne comprend pas les êtres humains : « Je crois que je peux tout dessiner, tout reproduire. Tout sauf les êtres humains. Je n'arrive pas à me représenter ce qu'ils ressentent, ce qu'ils veulent, ce qu'ils aiment. Ce qu'ils font. Qui ils sont. Ni dans ma tête, ni sur une feuille. »

Antoine, face à l'hospitalisation de son père, nous livre ses pensées et réflexions. En contrepoint, nous avons celles de Jacques, son père et Clémence, sa mère.

Antoine se prend pour un diplodocus et, pour qu'il puisse manger, sa mère met du colorant alimentaire vert dans tous les plats car un diplodocus ne mange que du vert. Antoine n'aime pas qu'on le regarde ou qu'on le touche. Il n'aime pas certaines odeurs, certains parfums. Et quand il n'aime pas, il fait des crises violentes. Pourtant, Antoine n'a pas d'émotions : « Sa voix monocorde, son visage fermé. Il ne manifeste aucune émotion, pourtant il est émotion. » Antoine est autiste.

Antoine va aller à l'école, va aller à l'atelier théâtre où il va apprendre à dire bonjour, à repérer les émotions. Et après des épreuves pour se faire des copains, surtout une copine, Claude, une fille « papillon Morpho ». « Et brillants [ses yeux] quand elle m'a raconté que le matin même, elle avait pris la parole devant la classe pour revendiquer notre amitié, et inviter les autres à me laisser une chance et à être indulgents avec moi malgré mes grognements, mes passions étranges et mes comportements bizarres. »

J'ai tué papa est un très beau roman, sensible, à trois voix, au style travaillé pour rendre compte de la pensée, de la réflexion orale, à la dramaturgie soignée toute freudienne, qui nous introduit dans l'univers d’un autiste, ce qui permet de mieux comprendre ses réactions.

Michel Lansade 
(19/09/16)    



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Lectures





Slatkine & Cie

(Août2016)
112 pages - 12





Mélanie Richoz,
ergothérapeute, s’est spécialisée dans la prise en charge d’enfants autistes. J’ai tué papa est son troisième roman.