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Ludovic ROUBAUDI

Camille et Merveille


Camille, 33 ans, vit dans une cour dominée par deux personnalités qui se haïssent  et qu'il voudrait bien réconcilier : la vieille dame espagnole acariâtre et impotente qu'il vient aider tous les jours pour de menus travaux et Dlahba, vieux maçon slave, bougon et bagarreur, avec lequel il aime écluser des bières et passer ses soirées.
Le camelot bonimenteur est satisfait de sa vie paisible. Il navigue entre les foires-expositions où il tient un stand de couteaux à huîtres suisses avec dégustation au vin blanc qui lui assure un revenu régulier aux côtés de Nadège, son associée et amie qui vend des égouttoirs, et, pendant ses repos, l 'atmosphère populaire, familiale et souvent houleuse de son immeuble. 

Tout bascule le jour où il aperçoit Merveille dans l'escalier qui mène chez la vieille et surtout qu'il entend sa voix. Un enchantement. La chance lui sourit car quelques jours plus tard la femme se fait littéralement jeter sous ses yeux de la tanière de l'ours Dlahba. Anéanti par un violent coup de foudre, il la suit, la piste, puis finit par entrer en relation avec elle. L'attraction est réciproque. 
Mais pour des raisons que le héros ne s'explique pas, Dlahba et la vieille Mme Fillolit, qui semblent tous deux connaître la jeune femme, le mettent en garde, se fâchent avec lui, voire le menacent ou l'agressent quand il évoque sa rencontre. Camille y gagnera huit points de suture.
Merveille, qui ne se confie pas aisément sur son passé, avoue alors être la fille adoptive de ces deux phénomènes alors en couple et les avoir quittés après un sombre épisode qui les a tous dressés les uns contre les autres, dès sa majorité, pour aller à Hong-Kong. Elle s'y était mariée mais une sombre histoire financio-judiciaire avait eu raison de son couple. Revenue en France, elle était passée voir ses parents qui tous deux avaient refusé de la recevoir. Cette explication et ce dernier point qui correspondait à ce que Camille avait lui-même pu observer, achevèrent de convaincre l'amoureux de la franchise de sa chérie qui ne fouilla pas au-delà cette histoire de famille apparemment complexe.

Après avoir aidé la jeune femme pour son déménagement en Provence et passé quelques jours de rêve auprès d'elle, Camille repasse à son logement pour prendre ses affaires et rejoindre définitivement sa Merveille. Pendant quelque temps, ils vivront  heureux sur leur petit nuage.
Mais un jour le vendeur entraperçoit la camionnette puis la silhouette du maçon  dans les allées d'une foire-expo. Un peu plus tard, c'est la vieille Fillolit qui vient à son stand pour le mettre en garde contre son amante qui ne serait pas celle qu'il croit et en aurait déjà détruit plus d'un.
Camille les envoie paître mais ne peut s’empêcher d'être troublé. Au fil des jours, il ne parvient plus à faire barrage au doute qui s'immisce en lui : que sait-il au juste de cette « affaire Merveilleuse », comme il la nomme, qui l'a ébloui ? 

Les pages qui suivent développent en parallèle le quotidien fragilisé des amoureux et l'enquête menée  à l'occasion des foires-expos, de Lille à Arles  en passant par Montpellier ou la Bretagne par Camille et Nadège. Déterminés à faire la lumière sur le passé de la jeune femme, ils fouillent chacun de leur côté les archives pour savoir si celle-ci est un ange injustement calomnié (et pourquoi ?)  ou un démon manipulateur… 
L'histoire d'amour fou bascule alors dans le thriller avec son lot de surprises, de fausses pistes, de questions et de révélations diverses.


L'auteur y joue avec adresse du soupçon, du doute, de la jalousie, sous fond de perversité, non sans humour et autodérision. 

Le lecteur a tout pour être conquis :
Camille est un garçon sans détours d'une fraîcheur naïve et d'une sincérité touchante et son amante est énigmatique, séduisante, fantasque, tantôt ombre et tantôt lumière.  
Les personnages secondaires ne se contentent pas de faire de la figuration et prennent toute leur place : Dlahba et Fillolit, marginaux chargés d'Histoire et hauts en couleur composant un couple infernal et pittoresque, parviennent à nous faire rire autant qu'ils nous inquiètent. Nadège, la collègue fidèle, sympathique et pragmatique, qui endosse le rôle de l'assistante classique du roman policier, se situe en pendant féminin de la troublante et mystérieuse Merveille comme un élément limpide et simple.
Le décor, que ce soit la cour d'habitation ou les foires-expos, donne lieu à des descriptions colorées, sensibles et animées et les événements qui s'y déroulent s’enchaînent à un rythme soutenu.

C'est au final un livre assez classique écrit en clin d’œil au  roman sentimental et au roman policier, pimenté d'humour et sans prétention, que Ludovic Roubaudi nous offre ici.  Sa lecture, portée par un style enjoué qui regorge de dialogues et de formules farfelues, en est assez rapide et fort réjouissante.

Un excellent roman populaire qui distille avec talent l'émotion amoureuse et le frisson.

Dominique Baillon-Lalande 
(12/09/16)    



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Serge Safran

(Août 2016)
270 pages 18,90













Ludovic Roubaudi,
né à Paris en 1963,
a déjà publié sept romans.



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