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Alain ROUSSEL


Le Labyrinthe du singe



Dans le bar du coin de la jetée, par une nuit obscure : « Pas d’étoiles ce soir pour jouer la dernière scène », se rencontrent des vedettes, des figures, tels Archibald « le magicien », vieux loup de mer qui sent le Haddock, avec sur son épaule « Ailes serrées […] Sa Majesté » perroquet, oieau des origines, « sang des voyelles », Jim Maléfice qui raconte ses souvenirs d’enfance tumultueuse, Mélusine « l’adorable veuve des fontaines dormantes » qui crie son nom de Raimondin dans la France déserte, Thomas « quoique je n’en sois pas tout à fait certain. C’est qu’en effet le doute me harcèle à chaque instant ne me laissant aucun répit depuis ma naissance » et qui tout à fait naturellement doute de son doute, Mercurio, aux pieds ailés et d’un très grand commerce, Mimèsis « simple mortel et imitateur en tous genres », le cafetier et naturellement le chœur des matelots et dans un coin, toujours en témoin, le pendu, témoin des naufragés et du tarot de Marseille dans un monde de brumes. Pendant ce temps le dernier des Mohicans [si ce n’était pas le dernier ?] nage, nage, nage… et arrive pour la course au trésor.

Avouez que la situation est assez surréaliste, c’est la rencontre improbable de mythes et de légendes qui fondent et refont le monde, c’est le « hasard objectif » du poète, celui où l’on cherche dans l’ « or du temps », l’or du jour. 

Le voyage pour la recherche du trésor les mène au soleil à « Arles, bain de l’aède », où une nouvelle réunion conduit le bal de « l’amour fou » mélangeant les genres, du récit aux réflexions du journal intime, de la vie à la mort comme Isis et Osiris pour une naissance du récit.

C’est oulipien dans les glissements (ou mutation) de narrateurs d’Archibald à Aluminium Roussette ou X ou encore Alain Roussel, ce sont les métamorphoses du perroquet en oieau et faucon pour aboutir à l’ouronos avec cette fin qui nous ramène  au Rendez-vous des naufragés « pour jouer la dernière scène ». C’est oulipien car aristotélicien, la Mimèsis qui se transforme en caillou ou en perroquet nous dit les choses comme elles sont, comme on le dit et comme elles devraient être.

De « coup de dé » en « voyage ordinaire », à Arles pour l’union du souffre et du mercure, en « conférence de l’oiseau » ou « le théâtre et son double » où l’un est l’autre pour une « divine comédie », c’est une opération alchimique où se jouent les étapes du grand œuvre, la pierre philosophale qui transforme le conte en poème. Ça ne dit rien de notre monde, du CAC 40, des dividendes en euros et ça dit tout du monde. Pour un certain temps le poème perd à coup sûr. C’est l’histoire de l’Histoire, le récit d’un homme se métamorphosant en tous les hommes avec le lecteur en pendu, force passive et bienveillante, qui accompagne la transmutation.

Et si finalement la morale du conte, car dans la tradition il y a toujours une morale, on peut se dire on « arrive toujours trop tard » et que l’on ne va jamais « ailleurs qu’en soi-même » et c’est peut être dans l’ailleurs de soi-même que se fait le Grand-Œuvre ?

Michel Lansade 
(04/02/15)    



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Apogée

(Janvier 2015)
170 pages - 17







Alain Roussel,
né en 1948, écrivain et poète, a déjà publié une vingtaine de livres.



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