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Laurent SCALESE


Je l’ai fait pour toi



Pour les amateurs de séries policières, le commandant Samuel Moss tiendrait à la fois de Monk et de Columbo mais avec l’élégance d'un Simon Templar. Monk pour le côté maniaque, le besoin pathologique que les choses soient alignées, rangées, l'incapacité de voir une tache sans avoir l’envie irrésistible de l’effacer. Colombo pour le jeu du chat et de la souris avec la personne qu’il suspecte dès le début de l'enquête (mais sans en donner le nom au lecteur), le besoin de fouiner partout, le sens de l'observation et la prise en compte du moindre détail. Ajoutez une tenue toujours aussi impeccable que sa Triumph de 1957 et vous avez une petite idée de cet enquêteur spécialisé dans les crimes parfaits.

Sous les ordres de la commissaire divisionnaire Elvire Duteil qui a confiance en lui et respecte son travail malgré son non-conformisme, le commandant doit par contre affronter régulièrement la procureur de la République, Sylvie Vrillan, qui ne lui a jamais pardonné de l’avoir ridiculisée dans une affaire d’homicide quatre ans plus tôt. Depuis, elle s'arrangeait pour chapeauter ses enquêtes et lui mettre des bâtons dans les roues à la moindre occasion. Afin de s'aider dans cette tâche, elle s'était officieusement alliée, tactiquement devrait-on plutôt dire, à un flic qui détestait Samuel autant qu'elle. Le commandant Roger Ménard. Vrillan et Moss se livraient une guerre larvée. En public ils dissimulaient leur hostilité réciproque sous un vernis de courtoisie.

L’affaire qui les réunit aujourd’hui est le décès par arme à feu de Jade Grivier, une auteure à succès de romans historiques. Elle semble s’être tiré une balle dans la tête. La procureur et le commandant Ménard n’ont aucun doute sur l’évidence du  suicide. Mais le commandant ne partage pas leur avis. Pour lui, cette femme a été assassinée. Une lamelle de papier pliée en accordéon, une éraflure sur le sol, le grincement d'une porte, il n'en faut pas plus pour que la conviction de Moss soit établie mais, bien entendu, il n'est pas question qu'il leur fasse part de ces indices et de ses soupçons. Chaque chose en son temps.

Le commandant Moss ne sera pas seul pour mener cette enquête. On vient de lui affecter une nouvelle adjointe, la capitaine Cheyenne Calvera, une très jolie jeune femme qui a aussi un caractère bien trempé. Après cinq ans et demi à la brigade criminelle de Strasbourg, elle a eu envie de changer d’air. Avec l’accueil qu’elle reçoit, elle se demande si elle a bien eu raison de choisir Lazillac. La scène de la rencontre n'est pas piquée des hannetons. Heureusement, la commissaire Duteil organise un déjeuner de travail qui va leur permettre de repartir sur de meilleures bases.
Au fil du repas et des chapitres suivants, Moss et Cheyenne vont livrer une partie de leur passé, évoquer les drames qui ont marqué leur enfance et les failles qui peuvent expliquer leur comportement actuel.

Moss, toujours aussi peu conformiste, suit une thérapie avec une psychiatre mais refuse de la rencontrer dans son bureau. C'est donc au restaurant que se déroulent leurs entretiens, Moss réglant à la fin du repas l'addition et les honoraires. Mais il est un peu inquiet à l'idée de voir disparaître ses névroses.
« – OK, admettons que je guérisse. Rien ne garantit que je continuerai à avoir d’aussi bons résultats. Pour le coup, la question se pose de savoir si j'ai vraiment envie de me débarrasser d'elles. Je parle de mes névroses. »
Plutôt complexe, le commandant !

Avec ceux qui l’entourent, il se montre souvent désagréable par une apparente suffisance et des remarques acides mais il sait reconnaître les qualités des autres et se laisse parfois aller à quelques compliments. Cheyenne comprend au fil de l’enquête qu’elle a beaucoup à apprendre d’un officier aux méthodes si peu orthodoxes. Malgré un début difficile (et des joutes verbales qui sont un régal pour le lecteur), ils sont peut-être partis pour former une bonne équipe…

Tout en continuant à faire connaissance, ils poursuivent implacablement leur enquête, Cheyenne passant d'un suspect à l'autre sous le regard amusé du commandant. Évidemment, à force de creuser, ils vont trouver.

Le mobile du meurtre n’est dévoilé qu’à la fin, ajoutant une note plus grave et explicitant le titre du roman. On ferme le livre en se disant que décidément Laurent Scalese a beaucoup de talent. Espérons que nous retrouverons le brillant et insupportable commandant Moss dans d’autres enquêtes. À suivre…

Serge Cabrol 
(28/09/16)    



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Noir & polar









Belfond

(Septembre 2016)
352 pages - 19







Laurent Scalese,
nouvelliste et romancier,
est aussi scénariste
pour la télévision.


Bio-bibliographie
sur le site de l'auteur :
www.laurent-
scalese.com







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