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Jean CHATARD & Jean-Claude TARDIF

Choisir l'été…



Un bien étrange livre de poésie que celui-ci. Un ouvrage écrit à quatre mains en toute affinité entre Jean Chatard et Jean-Claude Tardif. Tout dans l'inspiration et la forme les distingue, Jean Chatard avec sa poésie assez classique formellement « qui exhausse le réel jusqu'à le rendre fantastique » comme l'écrit son compère dans la postface, face à la poésie du réel et du quotidien de Jean-Claude Tardif « créateur avec lequel la tolérance sonne juste » comme l'écrit son ami.
Et pourtant, saisissant un mot, une image, dans cette correspondance qui ressemble plus à des confidences amicales réciproques qu'à un dialogue, le poème de l'un finit par faire écho ou par prolonger celui de l'autre pour nous conduire dans un ailleurs marqué par la mer, le vent, les oiseaux (tout particulièrement un énigmatique corbeau blanc qui a l'audace de paraître et de revenir quand bon lui semble), mais aussi les lapins, les chats et un rhinocéros..., et surtout par l'amour des grands espaces, des mots, de l'amitié et des verres de vin partagés, avec une certaine nostalgie commune du temps qui passe et une présence palpable de la mort dont l'ombre pourrait bien se profiler sous peu.

En ce qui me concerne, plus experte en vins qu'en poésie, j'ai commencé par piocher au hasard des pages, pour me livrer ensuite à une lecture suivie de chacun et revenir à un picorage qui décidément me convenait mieux. Bref, malgré l'écriture plus hermétique de Jean Chatard en page de droite face à celle plus intime et plus sensuelle de Jean-Claude Tardif en page de gauche, un je-ne-sais-quoi finit par embarquer le lecteur à cette frontière entre l’ici et l’ailleurs où il finit par avoir envie de se perdre tant il se sent bien. D'y revenir aussi.

Pour vous mettre l'eau à la bouche, voici un poème de chacun de ces joueurs de flûte qui tel  Hamelin pourrait bien vous emmener là où vous ne seriez jamais allé seul.

Viens
je te raconterai l'histoire défendue
de la mer aux aguets
et des chansons du vieux marin
figé dans son sourire
et qui naviguera jusqu'au dernier soupir

Déjà la nuit s'avance en titubant
et déroule en passant
nos ombres gigantesques déjà la peau du jour
se tend sur les tambours
du matin blond

Je faisais tache à l'envers du miroir je
fouillais l'avenir et ses troublants vaisseaux

(je déposais parfois une aile sur la branche)

Aujourd'hui que le gris visite mes journées
raconte mes effrois dessine
mes instants j'invite la tiédeur
à des valses sucrées.

(Jean Chatard, p 81)

 

 

Ce matin je l'ai vu
le dernier corbeau blanc
sur l'échiquier du monde. Il hésitait,
se rappelait le temps et ses histoires
quand l'obscur était un vent léger, un vêtement odorant
où se posaient les femmes et
les mots à demi.

Je l'ai vu ce matin
tremblant aux clématites,
écouter la rumeur malsaine de la rue, des hommes qui y passent sans
regarder le bleu au dessus de leurs têtes ;
ignorant jusqu’aux rêves
qu'enfants ils ont portés
quand ils croyaient encore en lui

Ce matin je l'ai vu
le dernier corbeau blanc
silencieux et superbe
tel un soleil meurtri
se fondre dans leurs ombres.

(Jean-Claude Tardif, p38)

 

Un recueil nostalgique, singulier et profond à découvrir.

Dominique Baillon-Lalande 
(06/12/16)    



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Posie








À l'Index

106 pages - 15


Préface de
Werner Lambersy













Jean Chatard,
né en 1934, poète et revuiste, a publié une trentaine de recueils de poésie et participé à de très nombreuses revues.












Jean-Claude Tardif,
né en 1963 à Rennes dans une famille ouvrière, auteur d'une quinzaine de recueils de nouvelles et autant de poésie, anime depuis 1999 la revue littéraire A l'Index.




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