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Sylvie TESTUD

C’est le métier qui rentre



Ce roman est une satire très drôle du monde du cinéma et plus particulièrement du fonctionnement de certains producteurs sans scrupules mais ce qui le rend plus amusant encore c’est notre complet décalage avec le point de vue de Sybille, la narratrice. Autant nous partageons les avis de ses amis ou de son compagnon autant nous ne comprenons pas l’entêtement de Sybille qui s’enfonce un peu plus à chaque page dans la chronique d’une catastrophe annoncée.

Sybille, une actrice très demandée, vient juste de terminer le tournage d’un film quand son téléphone sonne. Une productrice, Gundrund, a entendu parler du scénario dont la comédienne a commencé l’écriture et lui propose de produire le film. « Je n’en reviens pas. J’en suis à la page 4. Ça fait deux mois que je n’ai pas écrit une ligne. » Mais elle n’en dit rien et accepte de rencontrer Gundrund.

Quand elle en parle à son compagnon, à sa sœur, à son amie Chacha ou à Jack, son agent, tous sont unanimes. Sait-elle vraiment dans quel guêpier elle est en train de se fourrer ?

Gundrund Ceaucescou (un nom qui, à une lettre près, a laissé de sombres souvenirs) et son frère Blaise ont une réputation exécrable.
« Gundrund est "ce qu'on peut rencontrer de pire dans la catégorie productrice", selon ma copine, également productrice, qui s'est fait voler son film par elle, selon mon pote acteur qui s'est fait virer au milieu du tournage, selon mon ami réalisateur qui n'a jamais pu monter les plans qu'il voulait, selon la journaliste que j'ai vue le mois dernier et qui s'est fait attaquer en justice, selon l'avocat... en fait, selon tout le monde... Je n'ai jamais rien lu ni entendu de positif à son endroit. »
Jack a même ajouté : « Les Thénardier ! On les appelle les Thénardier ! Alors si tu as envie de jouer Cosette, vas-y. »

Mais, ignorant toutes les critiques et les ragots, flattée par l’enthousiasme de Gundrund, elle accepte de lui donner son scénario à lire.
« Mon script se passait au service gériatrique d'un hôpital public. Les trois infir­mières se rencontraient autour d'un vieil homme dont le fils était si beau qu'elles bichonnaient le malade pour séduire sa progéniture. »
Mais le texte sera sans cesse transformé en profondeur. Les infirmières deviendront des palefrenières dans un haras avant de se muer en hôtesses dans un bar à putes…
« Grundrund m’a donné quatre jours pour changer le début, le milieu et la fin. »

Pour interpréter les rôles principaux, Sybille a choisi trois comédiennes qui se montrent peu enchantées par l’évolution des personnages.

Mais Sybille s’entête. Faisant fi de l’attitude détestable et méprisante de Gundrund et Blaise avec tout le monde (et notamment leur assistant, Alphonse, qui a droit à toutes les humiliations imaginables), contestant bec et ongles les mises en garde de son entourage, travaillant d’arrache-pied aux versions successives de son texte, Sybille croit en sa chance, fait confiance à la détermination de ses producteurs et participe aux rencontres avec les financeurs potentiels comme cette responsable de chaîne de télévision, l’entretien nous offrant une véritable scène d’anthologie.

L’entêtement (l’aveuglement ?) de Sybille constitue l’ossature de ce roman qui met en lumière toutes les étapes de la fabrication d’un film d’un ton allègre malgré les périodes de doute, de découragement ou de colère. Sylvie Testud réussit un livre aussi émouvant qu’amusant  et, une fois commencé, on ne le lâche plus jusqu’à la dernière ligne. De quoi passer, vraiment, un très bon moment !

Serge Cabrol 
(11/07/15)    



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Livre de Poche

(Mai 2015)
264 pages - 6,60


Paru chez Fayard
en janvier 2014










Sylvie Testud,
née en 1971, comédienne (Plus de soixante films, César de la meilleure actrice 2004 pour Stupeur et tremblements d'Alain Corneau), est aussi écrivain. C’est le métier qui rentre est son cinquième roman.


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