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Sophie VAN DER LINDEN


L'incertitude de l'aube


Beslam, 2004 : Anushka est heureuse. Comme sa maman est sur le point d’accoucher, la petite fille a été confiée à son grand-père. En ce matin de fête et de rentrée des classes, Anushka trépigne et le vieil homme a bien du mal à coiffer correctement les tresses  de sa petite-fille. Il faut dire que l’enfant est impatiente de retrouver Miléna, sa bonne amie et, finalement, aussi, le chemin de l’école. Son grand-père, essoufflé et fatigué, la perd de vue et l’enfant (pour la dernière fois ?) lui jette un coup d’œil, alors qu’il s’assoit sur un banc. En effet, la fête vire brutalement au cauchemar ; ces quelque centaines de personnes (enfants, mères de famille, bébés) qui assistaient à la rentrée des classes, vont se retrouver otages de terroristes tchétchènes dans le gymnase qui aurait dû faire office de salle de fête : Les terroristes s’énervent, ils parlent entre eux : […] Vous êtes plus de mille. Cela veut dire que vos responsables politiques ont décidé de minimiser, cela veut dire qu’ils vont faire comme si ce n’était pas la plus grande prise d’otages de l’histoire, cela veut dire qu’ils vont vous laisser tomber. Vous êtes une quantité négligeable. »

Toute cette tragédie  –  écrite à partir d’une tragédie réelle – est vécue à travers le regard de cette enfant, qui, entre prise de conscience et incompréhension de ce qui arrive, affronte la peur, la faim, la soif et la promiscuité. Anushka n’a pas d’adulte auprès d’elle pour la réconforter mais elle trouve la force de se réfugier dans ses pensées d’enfant rêveuse pour tenter d’échapper à l’horreur de ce qu’elle vit et de surmonter cette épreuve. Et contrairement à toute attente, le roman vous offrira des pages de rêverie en contrepoint au terrorisme. Deux mondes, l’imaginaire enfantin et la réalité violente coexistent. Anushka, dans la naïveté et la justesse de ses remarques, est tout simplement poignante.

Sophie Van der Linden avait déjà évoqué, dans son premier roman, La Fabrique du monde, la souffrance au travail de jeunes ouvrières chinoises. Ce deuxième roman est encore plus abouti tant par la dimension que l’auteure donne aux personnages que par l’hommage qu’elle rend aux victimes de la tragédie que fut cette prise d’otages. Que  Sophie Van der Linden fasse d’Anushka  le symbole d’une enfance sacrifiée ou non, le lecteur sera touché, à coup sûr, et ne pourra rester indifférent à ces longues heures qui mèneront une petite fille vers la mort, restituées presque comme un long poème.

Sylvie Legendre-Torcolacci 
(28/08/14)   



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Buchet-Chastel

(Août 2014)
160 pages - 13


Bio-bibliographie de
Sophie Van der Linden
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