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Jo WITEK


Un hiver en enfer


Ce roman mérite bien sa place dans la collection « Ado Thriller ». Il a tout d’un Hitchcock pour ados. Il y a de la folie dans ces pages mais on hésite longtemps avant de savoir qui, entre la mère et le fils, est le plus fou des deux et lequel des deux finira par tuer l’autre. Les deux parties du livre sont intitulées « Pas du tout » et « À la folie » parce qu’il est aussi beaucoup question de l’amour entre le fils et la mère. Une mère peut-elle ne pas aimer son fils ? Un fils peut-il rejeter l’amour d’une mère trop possessive ? Beaucoup d’interrogations et les réponses seulement en fin d’ouvrage, après un suspense à couper le souffle…

Au lycée, Edward, quinze ans, est surnommé « Ed, le timbré » ou « Ed, le strange ».
« Une timidité maladive, des TOC, un manque absolu de confiance en lui, autant de handicaps qui l'avaient empêché de trouver sa place dans cette jungle adolescente, où seuls les grandes gueules, les rigolos ou les lèche-bottes devenaient rois. Il avait fait avec. Se retranchant dans une solitude forcée, admirant la vie des jeunes heureux, sans espoir d'y participer. »
Ce qui lui gâche la vie, c’est la violence quotidienne de deux autres élèves, Traval et Bosco. Leur forme de racket est bien rodée : les plus faibles sont obligés de miser leur argent de poche dans des paris stupides où les deux caïds s’affrontent dans les toilettes du gymnase pour savoir lequel finira le plus vite ses dix verres de vodka. Quel que soit le vainqueur, les parieurs sont assurés de perdre leur mise.

En rentrant à la maison, l’atmosphère n’est pas plus détendue. Ed adore son père, un architecte renommé, qui rêve de voir son épouse émerger de la maladie mentale dans laquelle elle est enfermée depuis la naissance de son fils.
« "Maniaco-dépressive." Les médecins avaient ainsi mollement diagnostiqué l'étrange comportement de cette femme qui passait sa vie enfermée dans la maison à jouer du piano, à disparaître dans ses pensées ou à courir les magasins pour acheter quantité de vêtements qu'elle finissait par donner au personnel de la maison ou aux bonnes œuvres. Elle ne s'occupait de rien ni de personne. Une figurante. Une ombre. »
Mais, à chaque nouvelle cure, le père y croit et demande à Edward d’être patient et affectueux avec sa mère.

Au début du roman, après un énième traitement et quinze jours d’absence, Rose semble guérie et accueille son fils avec un grand sourire. Mais pour lui, il est trop tard. Il n’arrive pas à y croire et la déteste toujours autant, préférant se réfugier dans le monde virtuel des jeux vidéo pour échapper à une réalité trop désespérante.

Le soir, les parents partent dîner chez une amie mais le père n’en reviendra pas. Leur voiture s’écrase contre un arbre et l’architecte est tué sur le coup.
Voilà Edward seul avec sa mère, comme une mouche empêtrée dans la toile d’une araignée venimeuse.

Est-elle vraiment guérie ? Après le décès de son mari, elle se métamorphose en véritable femme d’affaires. Edward en est aussi surpris que furieux. Surtout que de son côté, pour mettre fin au racket de Traval et Bosco, il a employé une manière si radicale que la police a dû intervenir, en la personne notamment, du lieutenant Nathalie Garideau. Les parents du très respectable lycée Saint-Nicolas le prennent très mal et Edward est prié de ne plus y remettre les pieds.

Sa mère en profite pour l’emmener à la montagne dans un chalet isolé. Heureusement, grâce à l’ordinateur et au téléphone portable, il peut compter sur l’indéfectible soutien de son ami HP (Henry-Pierre) et celui plus inattendu de Nathalie, le lieutenant intervenu au lycée, pour qui toute cette histoire n’est pas claire et qui continue sa petite enquête...

Est-ce Edward qui voit du mal partout et déteste sa mère au point de l’accuser de tous les maux ? Ou est-il réellement en danger avec elle ?

Le suspense  se poursuit sur les pistes et dans le magnifique décor de Courchevel...

Un roman haletant où les rebondissements se succèdent à un rythme soutenu, où nous  compatissons au sort du jeune héros tout en nous demandant parfois si nous devons vraiment adhérer à sa vision des faits, une lecture qui passionnera les ados en leur permettant de s’identifier à Ed le strange pour le meilleur et pour le pire.

Serge Cabrol 
(02/09/14)    



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Jeunesse







Actes Sud Junior

(Août 2014)
Collection Ado Thriller
340 pages - 14,80

À partir de 14 ans







Jo Witek
née en 1968, écrivain et scénariste, a déjà publié une quinzaine de livres
pour la jeunesse.


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