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Serge AIROLDI


Rose Hanoï
rencontres avec la couleur



Rose Hanoï. C'est par cette couleur que s'ouvre le livre de Serge Airoldi, une couleur au qualificatif insolite que les fleuristes utilisent pour nommer une variété de renoncules aux tons roses délicats. On pensera d'emblée au grand historien des couleurs : Michel Pastoureau  (plusieurs fois cité), et en particulier à son livre " Les couleurs de nos souvenirs". Mais, c'est bien sûr dans une toute autre perspective que se place Serge Airoldi : il nous convie à une longue promenade aussi joyeuse qu'érudite dans le monde des couleurs au cours de laquelle il convoque les écrivains, les peintres, l'art culinaire, le cinéma, ses propres souvenirs...  Bref, un cheminement qui nous surprend à chaque pas par la richesse, la singularité  des mots pour nommer une couleur, pour évoquer une nuance.
" Il faudra nommer, toujours, encore. C'est l'une des exigences. Sans quoi la vie ne vient pas. Ne tient pas vraiment."
Construit par petites touches juxtaposées picorées dans la palette des écrivains et des peintres, l'auteur réussit l'exploit de peindre un tableau original où – non sans humour –  il restitue ses vagabondages au travers du prisme des couleurs. En citant Claude Monet : « La couleur est mon obsession quotidienne, ma joie et mon tourment », Serge Airoldi dévoile son obsession jubilatoire pour la couleur des mots, les lumières et les ombres que les mots projettent sur nos errances.

« Berlingot. Berline. Bourlinguer.
Qu'est-ce que je fous là ? se demande Blaise Cendrars.
Braises et cendres. Treize et tendre. Ajouter une couleur au monde, comme une couleur supplémentaire à l'œuvre. Une couleur verbale, comme dirait Marcel Duchamp. »

« Le mot 'orange' aurait été employé pour la première fois dans un poème en 1044. À souligner en rouge. »

« La couleur rouge des wagons de première classe du métropolitain parisien et la couleur verte des wagons de deuxième classe. Les classes et les couleurs ont fini par s'évanouir dans les tunnels du temps. Et un jour la carte orange est apparue. »

Il y a de l'érudition dans ce livre, mais jamais elle n'est ostentatoire. Elle est toujours là pour rendre compte de la mystérieuse correspondance entre les mots et les couleurs. Par exemple, citant Francis Ponge cherchant le mot juste pour nommer la couleur d'un paysage d'Algérie : « Un rose extraordinaire sensible, à vrai dire assez sacripant ». Et l'auteur de commenter : « Miracle (joué d'avance ?) des liens invisibles : Sacripant renvoie à Rodomont, l'un des personnages du foisonnant Roland furieux de L'Arioste. Or Rodomont, roi d'Alger, signifie montagne rouge. »

Rose Hanoï est un feu d'artifice de telles petites perles. Un magnifique livre qui enchantera tous les lecteurs amateurs de la langue et des mots.

Yves Dutier 
(09/03/17)   



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Arléa

(Janvier 2017)
320 pages - 20