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Ingrid ASTIER


Haute voltige


Deux affaires se télescopent dans ce roman. Deux histoires qui a priori n’ont rien en commun. C’est du moins ce que pense le commandant Suarez qui se trouve confronté aux deux enquêtes, même si pour lui l’une a plus d’importance que l’autre. Le lecteur, par contre, est très vite informé du lien entre les deux aventures et c’est très agréable pour un lecteur d’en savoir plus que l’enquêteur. Nous le voyons se démener comme un beau diable pour comprendre ce qui se passe et nous aurions presque envie de lui donner quelques infos mais le plaisir du suspense l’emporte sur l’empathie. Quand comprendra-t-il le déroulement des événements ? Comment pourrait-il faire le lien ? Parviendra-t-il à le faire ? Que se passera-t-il ? Six cents pages pour le savoir, six cents pages qui se dévorent avec gourmandise.

La première affaire est le braquage d’un convoi de cinq voitures entre Versailles et Le Bourget. Un riche Saoudien rentre dans son pays avec une jolie fortune dans l’une des Mercedes. Sous le tunnel de Saint-Cloud, c’est le piège. Du travail de professionnel. Explosions, immobilisation des voitures, embarquement du magot, et seulement un garde du corps blessé. Du grand art. C’est le commandant Suarez, de permanence ce week-end-là, qui doit démarrer l’enquête. Un prince saoudien dévalisé dans ces conditions c’est une affaire d’état.

Mais dès le lundi, la permanence est terminée et le chef de la BRB prend la suite. Suarez, avec son groupe de répression des vols par effraction, peut retourner à la traque qui l’obsède depuis déjà trois mois : le Gecko. Un Arsène Lupin qui aurait les pouvoirs de Spiderman. « Un solitaire fait pour les longs dialogues avec la pierre, un taré qui se forgeait ses propres Everest à travers la ville, pour grimper là où personne ne passerait  et ne monter que des coups parfaits. Le monte-en-l’air par excellence. Suarez reconnaissait tout de suite la signature du Gekho. »

Et ce Gekho, qui grimpe les façades et voltige sur les toits pour cambrioler des appartements fortunés, nous allons le suivre au fil du roman en alternance avec le commandant qui rêve de le prendre en flagrant délit.

A priori aucun lien entre le braquage de Saint-Cloud et les exploits du gentleman cambrioleur.
Et pourtant…

Outre ces deux personnages, nous allons en suivre quelques autres tout aussi passionnants dans des registres très divers (flics et voyous) et bien sûr la femme fatale, la beauté incendiaire, Ylana, rescapée du convoi saoudien et recueillie par Astrakan, le richissime organisateur du braquage, qui en tombe raide dingue. Une histoire d’amour donc, et pas des plus paisibles, parce que la belle Ylana a un fort tempérament qui n’est pas pour rien dans le coup de foudre du gangster.

Ajoutons un combat de boxe, une belle partie d’échecs, une visite dans l’atelier du peintre et dessinateur Enki Bilal, et on a une petite idée de la diversité des thèmes qui nourrissent le livre.

Aventures, enquêtes policières, histoires d’amour et d’amitié, un savant cocktail qui nous tient en haleine jusqu’à la dernière page. Nous découvrons la vie personnelle, présente et passée, des personnages que nous accompagnons, les épreuves qu’ils ont vécues, les rêves qui les animent, le quotidien où ils évoluent, les sentiments qui les font vibrer… Et nous vibrons avec eux. Beaucoup d’émotions et de suspense, pas une seconde de répit, une lecture dopée à l’adrénaline. Ingrid Astier n’en est pas à son coup d’essai (c’est déjà sa troisième Série Noire) et elle réussit encore une belle performance. Un auteur à ne pas perdre de vue !

Serge Cabrol 
(19/04/17)    



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Noir & polar








Série Noire Gallimard
(Mars 2017)
608 pages - 21 €







Ingrid Astier,

née en 1976, vit à Paris. Haute voltige est sa troisième Série Noire.



Bio-bibliographie sur
Wikipédia



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www.ingridastier.com