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Nan AUROUSSEAU


Des coccinelles dans des noyaux de cerise



C’est un malin, le François, bien plus malin qu’il en a l’air. « J’ai toujours joué au con, exprès. Je ne pouvais d’ailleurs pas faire autrement sinon on ne m’aurait pas cru. Dans la vie l’important c’est d’être cru, sinon vous êtes cuit. » Et lui on le croit. On ne se méfie pas d’un homme à l’air si doux qui sculpte des coccinelles dans des noyaux de cerise et les peint en noir, en rouge, en blanc, avec des taches ou sans taches. C’est lui le narrateur de ce roman bien noir et comme il est malin, il raconte à sa manière, il dit ce qu’il veut comme il veut. Il ne ment pas, non, mais il ne dit pas tout, il fait durer le plaisir...

Un an plus tôt, François était en prison pour vol avec ruse. La combine qu’il avait montée avec un petit Roumain fonctionnait bien – cent quatre-vingts victimes en dix-huit mois – mais les flics aussi sont malins et ils ont été arrêtés en flagrant délit. Le petit Roumain a été expulsé et lui s’est retrouvé à Fresnes où, un jour, dans la cellule qu’il partageait avec un vieux tombé pour vol de bécanes, a débarqué un troisième larron. Mehdi. Un vrai de vrai. Grand banditisme, braquages. Du lourd, du sérieux. Comme François est un malin, la cohabitation s’est plutôt bien passée.

En alternance avec les souvenirs de son incarcération et le portrait du redoutable Mehdi, François décrit ce qu’il vit maintenant, depuis sa libération. Il habite dans une vieille caravane, sur un terrain en pente en bord de Marne vers Créteil. Avec une grosse et un chien. « Je l’appelais jamais par son nom. Il ne faut jamais appeler les gens par leur nom en prévision des pépins, surtout les femmes. » Le chien, lui, s’appelle Socrate. Elle, il l’a rencontrée à Fresnes. Après une vie déjà bien cabossée, elle a décidé de visiter des prisonniers au parloir. Pas très nette. Dès qu’il est sorti, il l’a rejointe et ils se sont installés dans la caravane. Elle souffre de troubles psycho-organiques avec des pertes de mémoire et beaucoup de confusion. Elle est « un peu simplette » et lui, ça l’arrange bien. « Elle serait mon alibi, ma sécurité sociale ». Parce que la vie qu’il mène depuis un an avec elle dans cette caravane pourrie fait partie d’un plan mûrement préparé.

Quel plan ? Pour faire quoi ? Ça ne fait pas partie des choses qu’il a envie de nous dire tout de suite. C’est un malin. On verra bien, petit à petit ce qu’il a en tête. On comprendra ce qu’il a déjà fait et ce qu’il doit encore faire pour que tout soit parfait.

Nan Aurousseau nous fait vivre au plus près d’un homme aussi torturé que malfaisant, né dans la douleur et la mort, n’éprouvant aucune compassion et s’interdisant tout sentiment.  Il en profite aussi pour nous parler de la prison, des cohabitations parfois douloureuses qu’elle impose, de la violence et de la misère qui y règnent et il nous raconte dans un chapitre les choses « pas si reluisantes que ça » qui s’y déroulent parfois. Mais le ton du narrateur est celui d’un malin et son récit n’est pas dénué d’humour, un humour bien noir.

Serge Cabrol 
(20/02/17)    



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Noir & polar








Buchet-Chastel
(Janvier 2017)
224 pages - 15







Nan Aurousseau,

né en 1951, écrivain, scénariste et réalisateur,
a déjà publié
une dizaine de livres.


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