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Olivier BARDE-CABUÇON


Le moine et le singe-roi
Une enquête du commissaire aux morts étranges


Les enquêteurs ne manquaient pas au château de Versailles au temps de Louis XV. Outre Nicolas Le Floch (le héros de Jean-François Parot à découvrir ici) ou Hilarion (le héros de Christophe Estrada à découvrir ), nous pouvions aussi y croiser le chevalier de Volnay, commissaire aux morts étranges, dont nous découvrons maintenant la sixième aventure. Antoine de Sartine, lieutenant général de police, était bien entouré.

Une jeune femme, Flore Vologne de Bénier, est retrouvée éventrée, le cœur sur la main (au sens propre), au pied d’une statue, dans le labyrinthe du parc du château royal. Il faut que ce crime soit rapidement élucidé et le coupable châtié. Pas question de laisser penser qu’un éventreur hante le parc du château et terrorise la cour. Louis XIV, en son temps, s’est donné assez de mal pour réunir sa noblesse à Versailles afin de la soumettre à son pouvoir absolu.
« La plus brillante invention de feu le roi, grand-père de l'actuel Louis XV, avait été celle de l'étiquette : codifier chaque geste de sa ménagerie humaine pour mieux la domestiquer. […]
Louis XIV avait compris au plus haut point l'infini de la vanité humaine dont il tirerait parti en attribuant avec parcimonie faveurs et préférences qui ne lui coûteraient rien : ouvrir les rideaux de son lit au réveil, lui tendre sa chemise, tenir son bougeoir... Les nobles se seraient égorgés pour ces petites prérogatives !
Le roi y avait sacrifié une partie de son intimité, fixant du matin au soir les courtisans autour de lui, attentifs au moindre de ses mouvements et de ses plus infimes gestes comme celui d'enfiler ses mules ou d'assister à son débotté.
Il allait même jusqu'à se lever du lit deux fois pour accorder à certains le privilège d'assister au petit lever et à d'autres, plus nombreux, celui d'être là pour le grand lever.
Donner des riens pour rien avait été la meilleure idée de son règne.
Cela n'étant pas suffisant, il avait vendu des titres comme celui de gouverneur des carpes de Sa Majesté ou chef du gobelet de la reine. Il se trouvait toujours un couillon pour l'acheter et s'en trouver fier. »

Il faut donc ramener le calme au plus vite après cet événement sordide afin que la vie, diurne et nocturne, puisse reprendre dans les allées et les bosquets du parc comme si de rien n’était, comme se dissipent les ronds dans l’eau après le jet d’une pierre dans le grand canal.

Le commissaire aux morts étranges est donc chargé de cette enquête et le temps lui sera compté. Fort heureusement, il ne sera pas seul. Son père est à ses côtés.
Etrange personnage que cet ancien moine qui se promène encore de temps à autre en robe de bure, qui manie l’épée avec dextérité et reste sensible au charme féminin même si certaine expérience récente l’a quelque peu échaudé. Avec Hélène, qui a été sa maîtresse, le moine n’entretient plus que des relations professionnelles. En effet, elle travaille pour M. de Sartine et doit apporter au commissaire aux morts étranges toute l’aide et toutes les informations dont il pourrait avoir besoin. Le moine a aussi des compétences dans l’observation des corps et fera office de médecin légiste.

Le jeune chevalier vit avec une femme surnommée l’Écureuil très amoureuse de lui. Est-ce vraiment réciproque ? Elle va avoir un peu de mal à le savoir…

Trois pistes vont rapidement se révéler. Trois personnes avec qui la victime était en contact pour des raisons bien différentes.
Le peintre, Waldenberg, pour qui Mlle Vologne de Bénier posait de temps à autre et qui semble avoir quelques manies de fétichistes selon ses deux modèles habituels, Adèle et Zélie, deux jeunes filles de treize ou quatorze ans.
Le premier chirurgien du roi, M. de La Martinière, auprès de qui la victime avait réussi à se faire recommander (par Waldenberg) pour des problèmes de peau et qui, lui aussi, semble avoir quelques secrets dans ses tiroirs.
Et enfin une femme, Mme de Marcillac, qui tient une maison close de luxe pour une clientèle assez spéciale. « En fait, elle accueille des hommes souhaitant recevoir, par plaisir, quelques châtiments corporels de la part du sexe féminin. Chaînes et punitions… »
Mlle de Bologne était à la fois sa protégée et son employée.   
C’est le père du chevalier qui va se charger de l’enquête auprès de Mme de Marcillac et il va apprendre beaucoup de choses sur ses liens avec la victime mais aussi sur  les habitudes des courtisans, leurs comportements et leurs petits secrets. Delphine de Marcillac, que le moine appelle rapidement par son prénom, devient vite un personnage important du roman et la relation d’amicale complicité qui s’instaure entre l’enquêteur et la suspecte nous permet de pénétrer plus intimement dans l’atmosphère complexe du château. Les propos tenus ne sont pas toujours tendres envers le monarque et son régime. On sent que l’esprit des Lumières commence à circuler…
« – Le temps de la colère n’est pas venu, pas encore…
– Dommage, soupira le moine, j’aimerais bien voir de mon vivant le peuple marcher sur Versailles. »

Trois enquêteurs, trois suspects, et une dizaine de comparses, notamment les modèles du peintre et les employées de Mme de Marcillac, constituent une jolie galerie de personnages. Leurs rencontres, leurs conversations, leurs secrets, leurs attitudes, leurs déplacements, donnent au roman un rythme enlevé, avec une bonne dose d’humour et une belle palette d’émotions. Le lecteur est mené dans les divers recoins du château, du parc, des labyrinthes, de la ménagerie et des alentours. Une visite de Versailles à ne pas manquer. Mais attention au tueur qui rôde peut-être la nuit en quête d’autres victimes à éventrer…

Serge Cabrol 
(16/05/17)    



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Noir & polar








Actes Noirs
(Mars 2017)
336 pages - 22,50












Olivier Barde-Cabuçon

vit à Lyon. Il a déjà publié huit romans dont six enquêtes du "commissaire aux morts suspectes".


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