Retour à l'accueil du site





Yves BICHET

Indocile



Comme le titre l’indique, Théo est un garçon indocile, insoumis, rebelle. Avoir dix-huit ans, c’est souvent troublant et complexe, mais avoir dix-huit ans en 1961, ça l’était encore plus. La guerre d’Algérie ne portait pas encore son nom mais elle dévorait les jeunes hommes. « L'officier fronce les sourcils et précise que la nation n'est pas en guerre. Il s'agit de départements français, donc d'une simple question de maintien de l'ordre. »

Antoine, un ami de Théo en est revenu dans le coma. Pourquoi ? On le saura plus tard. Les versions « officielles » n’autorisent pas la vérité. Théo, lui, ne veut pas partir en Algérie. Il essaie de se faire réformer, mais sans succès…

En veillant Antoine dans la chambre de l’hôpital militaire, il rencontre deux femmes. L’une est une jeune fille habillée en garçon, Mila. Elle aide son père à monter des grues sur les chantiers. C’est par la fenêtre que Théo l’a aperçue, grimpant comme un singe et virevoltant dans les airs pour décoincer un câble. Un elfe, un feu follet.
« Que faire de cette énergie ravageuse que Mila déploie à chaque instant sans même s'en rendre compte, une sorte de baroud d'honneur répété sans cesse ? Inconséquence, exaltation, griserie, comme une déclinaison de la joie... »
En sortant de l’hôpital, il est allé la rejoindre. Elle l’a laissé approcher. Ils sont allés à la fête foraine. Il a fait l’amour pour la première fois. Et elle a disparu. Il ne connaît pas son nom, ni son adresse.

 La deuxième femme, c’est Marianne, la mère d’Antoine. Veuve d’un militaire. Dévastée par l’état végétatif de son fils. Perdue, noyée, suffoquée par la douleur et l’incompréhension. Auprès de Théo, elle veut redonner vie à son corps, sublimer sa souffrance par un don d’amour. Mais Théo, est indocile. Là aussi. Incontrôlable, toujours en colère. Elle l’installe dans un cabanon, près d’une calanque de La Ciotat. Ils y vivent des moments d’abandon, de rage, d’amour. Mais on ne garde pas un poulain fougueux dans une cabane ouverte. Il va, il vient. Et un jour, il s’enfuit. Il sait qu’il est recherché par les gendarmes et la police militaire.

Les objecteurs de conscience ne sont pas encore reconnus officiellement, il faudra attendre décembre 1963 pour que leur statut soit adopté par l’Assemblée Nationale. Pour le moment, Théo est un insoumis, un déserteur. Des amis de son père vont tout de même lui proposer de quitter le pays mais les filières des objecteurs de conscience croisent celles du FLN et sa curiosité, son indocilité, vont encore l’entraîner hors des sentiers prévus.

Ce n’est pas un roman d’aventures (malgré toutes celles que vit Théo), ce n’est pas un roman historique (malgré tout ce qu’on apprend sur la France en 1961), c’est surtout un roman intimiste, initiatique, allant chercher au plus près les sensations, le ressenti, les émotions, les désirs, les rêves, les colères, de Théo, Marianne et Mila, trois personnages dont les destins s’entrecroisent en cette période troublée dont nul n’est capable alors de prédire combien de temps elle va durer. « Pouvais-je imaginer ce qui allait advenir les années suivantes, la clandestinité, les confrontations incessantes, les attentats, les empoignades, cette radicalité délétère qui t'emmènerait peu à peu vers le terrorisme et la folie et moi, impitoyablement aussi, vers l'écriture et la fiction ? »

Serge Cabrol 
(07/09/17)    



Retour
Sommaire
Lectures








Mercure de France

(Août 2017)
272 pages - 19,80






Yves Bichet,
né dans l'Isère, a travaillé neuf ans dans l'agriculture, puis quinze ans comme maçon, avant de se consacrer entièrement à l'écriture. Il est l'auteur d'une quinzaine de livres : romans, récit, poèmes, théâtre…



Bio-bibliographie
sur le site de la
Maison des écrivains
et de la littérature




Lire sur notre site
un article concernant :
L'homme qui marche