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Richard BYRD

Seul


Premier hivernage en solitaire dans l'Antarctique (1934)

« La base avancée de Bolling où j'ai vécu seul durant la nuit polaire de 1934 avait été établie dans la sombre immensité de la barrière de glace Ross sur la ligne qui se trouve entre Petite Amérique et le pôle Sud. C'est la première station qui ait été construite aussi avant dans le continent Sud-arctique. »

Richard Byrd, pionnier de l'aviation américaine dans les années 20, est en 1934 chef de la base scientifique américaine d’Antarctique, qu'il appelle Petite Amérique, quand il décide de vivre cinq mois seul dans une base avancée sur ce continent extrême, pour relever des données, observer le ciel sombrant peu à peu dans la nuit polaire mais surtout avec le désir de se livrer à une expérience. « J'étais un homme qui désirait rester seul quelque temps, à savourer la paix, la tranquillité, la solitude afin d'en apprécier la véritable valeur. Voilà tout. »

On est captivé par le récit de cette terrifiante et réfrigérante aventure. Byrd a retravaillé son journal de bord quatre ans après l'expérience, tant elle a été douloureuse. Dans une langue sobre, presque clinique, il nous en décrit les épisodes depuis la construction de son abri avec quelques hommes qui repartent épuisés. Ils ont mis trois semaines à arriver de Petite Amérique avec le matériel et la construction de la base avancée s'est avérée difficile. « Cet après-midi-là, la température tombe à jusqu'à -50° et nos souffles créaient dans la fosse un perpétuel brouillard. Nous observions réciproquement nos visages pour nous signaler les tâches livides du gel : « Fleur blanche sur ton nez ». « Ce dernier […] massait sa chair du bout de ses doigts, lesquels brûlaient dès l'instant qu'il quittait ses gants et le sang affluait de nouveau à l'endroit indiqué en provoquant de pénibles élancements. »

Byrd, tout entier occupé par la routine de sa vie de scientifique et d’ermite, – « Dès le début, j'avais compris qu'un mode de vie harmonieux et ordonné était ma seule vraie défense, étant donné les circonstances spéciales où j'allais vivre. La réclusion solitaire devient déprimante quand elle est oisive. Je tentai d'occuper pleinement mes journées. » – ponctue son récit des relevés hallucinants des températures extérieures qui fluctuent, en gros, entre -40° et -60°, avec une pointe à -74° et de spectaculaires réchauffements qui tournent autour de 0° !

Enthousiasmé par le spectacle grandiose des aurores boréales, par ses lectures, ses disques, philosophant sur la condition humaine, il ne se rend pas compte tout de suite qu'il s'asphyxie lentement. Les deux systèmes d'énergie qu'il utilise pour chauffer son abri et faire fonctionner la radio n'évacuent pas assez les fumées toxiques, les tuyaux d'évacuation et d'aération étant aussi le plus souvent obstrués par le gel. Quand il tombe réellement malade, en juin, l'intoxication à l'oxyde de carbone a démarré dès le début de sa vie dans l'abri (migraines, yeux brûlants, courbatures) et les deux derniers mois de sa vie solitaire sont un calvaire. Constamment pris de nausées, de vertiges, d'évanouissements, de maux de tête, de douleurs articulaires, il perd 40 kilos et toutes ses forces au point de ne pouvoir tourner la manivelle de sa radio mais, malgré son état déplorable, il continue les relevés météorologiques et s'obstine à ne pas demander de secours, ne voulant pas faire subir à d’autres les périls du chemin : la nuit polaire, le froid extrême, les crevasses de la Barrière. Comme il coupe le plus possible son chauffage, les parois de son abri sont recouvertes de glace. Quand ses sauveteurs arrivent enfin, il est trop faible pour être évacué et les conditions météo trop difficiles mais la vie avec ses quatre compagnons qui va durer encore deux mois lui apparaît miraculeuse jusqu'à son départ en avion, le 14 octobre, quand le soleil est revenu.
« Je sortis de l'abri sans me retourner une seule fois. Je laissais à jamais une partie de moi-même à latitude 80° 08’ S. : ce qui me restait de jeunesse, de présomption peut-être, de scepticisme sûrement. En revanche, j'emportais avec moi quelque chose dont je n'avais jamais été complètement pourvu : le prix de la simple beauté, du simple miracle d'être vivant, une notion nouvelle et plus humble des valeurs. Tout cela s'est passé il y a quatre ans ; la civilisation ne m'a pas changé. Je vis plus simplement maintenant, avec une paix intérieure plus profonde. »

Sylvie Lansade 
(22/05/17)    



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Libretto

(Mars 2017)
272 pages - 9,70






Traduit de l'anglais
(États-Unis) par
Henry Muller








Richard Evelyn Byrd
(1888 - 1957)
est un explorateur polaire
et aviateur américain.


Biographie sur
Wikipédia