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Pierre D'OVIDIO


La tête de l'Anglaise



Je livrais ma vérité en morceaux,
en puzzle, à l’instar du corps de l’Anglaise.

Joël est paysan, cul terreux quelque part dans le centre. Là où la vie a l’âpreté et la monotonie du travail agraire et de l’élevage. Où on a la tête dans le sillon et le pied dans la bouse des vaches. Où la ferme isolée rend la vie sociale difficile.

Joël est un taiseux d’une cinquantaine d’années. Il dit juste les mots qu’il faut au café, à la chasse et à Max, son chien.

Joël avait un frère jumeau, une femme et un père,  ancien résistant, rempilant pendant la guerre d’Algérie. Il est surnommé le Criant, le Sergent-chef, c’est une brute, un monstre dans son genre, détesté par les anciens combattants eux-mêmes.

Joël est un temps ouvrier en usine avant de travailler à la ferme. Là où il y a la mare pour les bêtes et la traditionnelle cuisinière à bois.

La première partie du roman, en chapitres très courts, en moyenne trois pages, comme les petites pièces d’un puzzle, écrits à la troisième personne, nous livre la genèse de Joël et de l’affaire comme si on pouvait trouver dans sa vie une explication. C’est qu’il a morflé le Joël !

C’est vrai ça, quelle idée a eue cette jeune retraitée anglaise, universitaire et nouvelle voisine de Joël, de l’inviter à prendre le thé chez elle ! Sous les yeux de son mari en plus, mari, qui n’y trouve rien à redire ! Quelle impudeur ! En plus du thé au pays des canons… Une invite à des ébats… Une invite que cette jeune retraitée anglaise qui fait son jogging  nue sur les routes… qui ne demande que ça, qui ne mérite que ça. Chienne de femme !

Dans la deuxième partie Joël tutoie la juge : Mais tu dois te méfier. Je ruse aussi. Tous deux nous surveillons l’intrigue. En agitant les doigts. Authentiques marionnettistes nous sommes, et chacun dans son rôle. À toi de démêler les fils contraires de mes aveux. Joël est dans le déni, il creuse tous les points de son dossier qui ne correspondent pas à ce qu’il est ordinairement. Hi, hi ! je savais parfaitement qu’ils voyaient et comprenaient que ce n’était pas moi. Pas le Joël qu’on salue dans la rue du village, pas ce gars serviable, pompier bénévole et secouriste, tous deux de première classe, sans oublier mauvais fils, mauvais frère, mauvais mari et mauvais père qui a pu commettre tout ce fourbi. Dans son déni, le psychopathe ruse non pas avec la juge, mais avec lui-même devenant un peu schizophrène, un peu mythomane.

Pierre d’Ovidio nous livre un beau roman noir, sobre, qui nous fait voyager dans la brutalité, la bestialité d’un monstre presque ordinaire, dans la rudesse d’un monde paysan.

Michel Lansade 
(17/02/17)    



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Noir & polar








Jigal

(Septembre 2016)
232 pages - 17,50








Pierre D’Ovidio,
né à Paris en 1949, titulaire d’un D.E.A. en Histoire de l'Art, enseignant à l'École nationale supérieure des Beaux-arts, a publié des romans, des récits et des livres d’artistes.

Bio-bibliographie
sur sa page de
la Maison des écrivains
et de la littérature