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Benjamin DESMARES


Des poings dans le ventre



Tu allumes une cigarette et observes ton corps. Tu es grand. Tu es fort. Tu aimes ce corps qui t’obéit à merveille. Ce corps qui te permet d’avoir le dessus. Tu as poussé d’un coup. Il y a moins d’un an et demi. Autour de toi, les autres ont grandi sans prévenir, mais ils se sont pour la plupart retrouvés dans de grands corps élancés et mal fichus, alors que toi, tu as eu ce cadeau. Un corps parfait, dont tu fais ce que tu veux. Quand tu penses à ta mère, cette petite boule… Blaise, adolescent est tout entier enfermé dans son corps, dans ses poings qui deviennent sa seule façon d’être, son seul moyen d’expression.

Personne ne tape aussi vite, aussi fort que toi. C’est ton truc. « Ba-Ba-Bam ! » Plutôt dans le ventre quand tu es au bahut. Eviter que ça se voie pour éviter les ennuis, après tout qu’est-ce que ça peut faire. / L’autre est plié en deux. […] C’est tout ? Oui c’est tout pour aujourd’hui. Un grand calme s’abat sur toi. L’arène disparaît peu à peu. C’est fini et tu te sens seul et triste.  Sans mot, Blaise est en guerre, ne voit les collégiens que comme de futures victimes, engage le combat avec son professeur de français, fuit la tendresse de sa mère, sans arrêt recherche, avec hardiesse, la querelle, ne trouve un refuge, un bien-être, que dans la bande qui reconnaît sa violence et encore il se sent parfois seul en son sein. Exclu du collège, Blaise s’exclut de la vie sociale, dérive, est en perdition.

Mais il y a ce cauchemar qui le laisse en sueur. Tu tournes légèrement la tête derrière toi et sans que tu aies besoin de voir, tu comprends que la chose, ne t’a pas lâché, ne t’a pas quitté une seconde… Et la peur horrible revient alors, démultipliée, atroce… Comme il faut bien en finir d’une façon ou d’une autre, la chose fond sur toi et t’avale. […] Tu aimerais tellement vaincre cette chose qui te pourchasse. La broyer de tes mains. Mais cette peur est réelle. Tu essaies de réfléchir à tout ça, mais pas trop. Tu sens le danger. Et il y a cet homme cagoulé croisé et recroisé dans la rue.

Est-ce un rêve, est-ce un conte, en tout cas un beau texte sombre qui nous fait entrer dans le mal-être d’un adolescent.

Michel Lansade 
(11/03/17)    



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Jeunesse







Rouergue

(Janvier 2017)
Collection doado noir
80 pages - 8,70




Benjamin Desmares,
né en 1970, a déjà publié deux autres livres
chez le même éditeur.


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