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Emmanuel ROCHE

Un piano à la Nouvelle-Orléans



L’auteur nous offre un vagabondage à la Nouvelle-Orléans au fil du temps, sur un siècle et demi, de 1865 à aujourd’hui. Huit nouvelles pour déambuler dans les rues, les bars, les hôtels, tous les lieux où on joue de la musique. Pas une nouvelle sans son pianiste. On y croise beaucoup de monde, des natifs (noirs, blancs, créoles), des venus d’ailleurs pour s’y installer (italiens, irlandais...) et des touristes hésitant à dépasser les limites du quartier « muséifié ». La joie de vivre alterne avec la violence, le bonheur avec la souffrance, la légèreté du carnaval avec le souvenir de la ségrégation, et puis il y a la drogue, les trafics, la prostitution, la collusion entre voyous et politiques, les ouragans et même la guerre qui prélève sa part de chair fraîche pour l’emmener combattre et mourir dans les conflits du Moyen Orient ou ailleurs. Il y a tout cela dans ce recueil et bien d’autres choses encore...

Dans Le soleil de Saint-Domingue (1865), nous suivons dans la rue une femme de quatre-vingt-quinze ans très riche. Elle a connu les généraux Jackson et Lafayette et maintenant c’est le général Lee qui s’apprête à déposer les armes. Que va devenir le Sud ? Comment a-t-elle constitué sa fortune ? Et qui est le narrateur qui semble si bien la connaître ?

Dans Ce qu’on croit voir dans les miroirs (1905), c’est l’univers des maisons closes, de la prostitution et des voyous au service d’hommes politiques. Thelma rêve de partir à Paris avec son souteneur. Elle a économisé ce qu’il faut...

Dans Une redistribution des cartes (1935), on est dans un bar. C’était la guerre entre le sénateur, Kingfish, et le maire. L’assassinat du premier « c’était du pain bénit pour toutes ces ordures aux ordres de la mairie. La fin de la guerre et le début de l’arrogance. » Justement, le patron du bar est aux obsèques du sénateur et les employés (dont le petit pianiste) sont seuls quand font irruption deux malfrats de la faction du maire...

 Dans Rumeur lointaine (1955), Matteo, un producteur, cherche un musicien blanc qui a déposé à son studio d’enregistrement, en son absence, une maquette de disque qu’il juge excellente. Qui est ce musicien si difficile à retrouver ? Un Sicilien semble-t-il. Suivant les indications des uns et des autres, Matteo suit sa trace...

Dans Le pouvoir d’une noix de coco (1975), le narrateur nous raconte l’importance du carnaval qui a changé sa vie. Il est dessinateur, il fait le portrait des touristes sur fond de bateau à aube sur le Mississipi mais il est aussi employé comme faussaire par Joe, un truand auquel il ne parvient pas à échapper. Le carnaval qui bat son plein dans la ville va changer la donne...

Dans L’eau de la montagne sacrée (1995), de jeunes touristes français ont du mal à trouver l’hôtel qu’ils ont réservé et qui ne correspond pas à ce qu’ils espéraient. Un lieu pas très engageant dans un quartier tout aussi inquiétant. Ils vont pourtant y vivre une des plus belles aventures de leur vie au rythme du stomp, du swamp pop et du boogie-woogie.

Dans La neuvième vie (2005), un homme âgé revient dans sa maison inondée  par l’ouragan Katrina pour essayer de retrouver son chat. Le militaire qui l’accompagne découvre tous les souvenirs de ce vieux pianiste qui a connu l’âge d’or des clubs de jazz des années 50, quand les Blancs commençaient à venir applaudir les musiciens noirs. « Les jeunes d’aujourd’hui se doutent-ils de ce qu’a été la Ségrégation ? »

Dans Un héros américain (2015), une femme s’est arrêtée au bout de Canal Street et regarde le fleuve. Va-t-elle se jeter dans le Mississipi ? Des extraits de la dernière lettre de son fiancé lui tournent dans la tête. Il est militaire au Moyen Orient. Son hélicoptère a dû se poser dans le désert. Il a été capturé vivant. « Tu devines ce qui va se produire ? Ils vont m’agenouiller dans le sable et le bourreau accomplira son sale boulot. »

Les huit nouvelles se complètent, se répondent, font référence à des lieux ou des personnages croisés dans les précédentes, et constituent une fresque de la Nouvelle-Orléans sur cent cinquante ans.
Ce recueil a obtenu le Prix de la Nouvelle de la ville d’Angers 2016, créé il y a dix ans par l’association Nouvelle R, et l’on trouve dans le N°49 de la revue Harfang un entretien très intéressant avec Emmanuel Roche qui explique la genèse de ce recueil et sa passion pour le Sud des États-Unis. Il y évoque aussi un autre recueil en préparation, sur le Tennessee à l’époque contemporaine. On l’attend déjà avec impatience. À suivre...

Serge Cabrol 
(02/02/17)    



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Paul & Mike

(Octobre 2016)
98 pages - 10