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Anonyme

Fierabras


(Ici la traduction d’un poème provençal du XVe siècle, certainement écrit lui-même à partir de versions françaises du XIIIe, elles-mêmes primitivement copiées sur un ancien texte provençal du XIIe siècle, nous explique le traducteur, historien et linguiste du XIXe, qui préface aussi cette édition.)

Fierabras est le fils d’un roi sarrasin et le frère de la belle Floripar. C’est un géant de 15 pieds qui revient en Espagne après avoir participé au sac de Rome où ont été  saisies les reliques de la Passion et notamment le Baume dont Marie-Madeleine se serait servie pour oindre le corps du Christ. Charlemagne et ses preux envahissent l’Espagne pour récupérer lesdites reliques. Olivier combat en duel le géant qui pendant le combat est touché par la grâce et se convertit. Plus tard, la belle Floripar, amoureuse de Gui de Bourgogne, aidera Olivier et trois de ses compagnons à s’échapper des terribles geôles de l’émir Balan, son père. Charlemagne enverra Roland et d’autres pairs récupérer les preux chevaliers et les reliques.

Voici un extrait qui met en scène, oserai-je dire cinématographiquement, le début du terrible combat où vont s’affronter Fierabras et Olivier, moment clé du récit, auquel assistent, de loin, Charlemagne, Roland et d’autres compagnons célèbres, qui, témoins de la scène, en deviennent en même temps que les commentateurs, les amplificateurs mais aussi les garants de sa véracité aux oreilles de ceux qui écoutaient ces chansons de geste.

Le repas du matin fini, Charlemagne […] voit au haut de la colline un Sarrasin richement armé : c’était Fierabras d’Alexandrie, qui, fièrement campé sur son cheval noir à la longue crinière, s’écria de toute sa voix, dès que les premiers rayons du soleil frappèrent l’aigle d’or de la tente impériale :
– Où es-tu donc, roi de Paris ?...

Libretto  édite donc, ici, la traduction que Jean-Bernard Mary-Lafon a publiée en 1857 de ce poème occitan, épisode appartenant au cycle de La Geste du Roi née au XIe siècle avec la Chanson de Roland, et dont le traducteur dit lui-même, dans une incroyable préface à ne surtout pas louper tant elle explose de chauvinisme dithyrambique,  que c’est  l’Iliade de la France […] un diamant de la couronne poétique de nos pères  que le Tasse et l’Arioste ont pillé et Cervantès misérablement moqué et  qu’il serait judicieux, dans l’intérêt de la France, de montrer dans cette épopée chevaleresque la grande figure de Charlemagne aux Arabes d’Afrique, dont le cœur bondirait de joie au récit des grands coups portés par Fierabras, et qui verraient probablement, avec leur foi fataliste, un arrêt prématuré de Dieu et le doigt d’Allah dans la soumission et le baptême du plus brillant de leur héros !

Si notre traducteur perd le sens de la mesure en vantant outrageusement  l’œuvre qu’il a traduite et les chansons de geste en général et veut leur redonner le rôle de propagande qu’elles ont certainement déjà eu au temps des croisades,  il ne nous en reste pas moins un texte, merveilleux, au sens où on le disait  au  moyen-âge, plein de bruits et de fureur, de monstres, d’exploits surhumains et de sentiments humains, trop humains où les hommes, qu’ils soient chrétiens ou musulmans se ressemblent, sont du même monde chevaleresque, connaissent la vantardise, la couardise, l’ébranlement ou la justification de leur foi et se montrent tour à tour grands ou petits dans leurs prouesses guerrières.

Si le style de l’introduction est ampoulé, la traduction  met en avant des qualités certainement propres au texte original,  des assonances, du rythme, des descriptions au scalpel, des dialogues  intenses de sobriété, des moments complètement « cinématographiques » comme on a pu le voir au début du récit et surtout pendant le fameux combat où s’enchaînent les plans d’ensemble, les zooms, les champs contre-champs, les gros plans, les flous. D’ailleurs, le mot latin gesta ne veut-il pas dire actions ?

 Ressort de ce formidable récit, un émerveillement, certainement semblable à celui que les auditeurs contemporains de ces gestes ressentaient, né de la foi de l’enfance.

Grande et rude fut la bataille dans la verte prairie de Marimonde. Mais Olivier, blessé au col et à la poitrine, et de plus en plus épuisé par la perte de son sang, s’affaiblissait à vue d’œil. Son visage était si décoloré, que Fierabras, l’entendant invoquer Dieu et la Vierge, l’appela et lui dit :
– Olivier, descends auprès de la fontaine pour boire de ce baume qui pend à l’arçon de ma selle, et tu seras plus leste ensuite qu’hirondelle dans l’air.
– Retiens ta faconde, reprit froidement Olivier ; je n’y goûterais pas pour tout l’or de la Castille, à moins que mon épée ne puisse me le conquérir !
– Par Mahomet, dit Fierabras, fol est qui te supplie ! Mais tu auras bientôt autre nouvelle de moi, dont ta poitrine et ton cœur seront dolents sous le sein gauche !
Grande et rude fut la bataille dans la verte prairie.

Sylvie Lansade 
(26/04/17)    



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Libretto

(Février 2017)
144 pages - 7,70


Gravures de
Gustave Doré





Traduit de l'occitan par
Mary-Lafon




Jean Bernard Marie Lafon
 dit Mary-Lafon
(1810-1884)
 est un homme de lettres français du XIXe siècle, historien, linguiste et auteur dramatique, dont une partie de l’œuvre est consacrée à l’occitan et à la littérature occitane.



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