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Jean-Louis FOURNIER


Mon autopsie


Le satiriste Jean-Louis Fournier a encore frappé ! Satiriste plus qu’humoriste – comme il est régulièrement présenté – tant ses sujets font sourire jaune plus que rire franchement. À moins que le véritable humour ne puisse jamais que faire grincer des dents ? On rit en tout cas en lisant Mon autopsie. Jaune ou non, chaque lecteur choisira sa couleur. 

Le sujet, on le devine par le titre, est la mort. Plus exactement le mort puisque c’est d’un auto-portrait qu’il s’agit. Jean-Louis Fournier n’est plus, Jean-Louis Fournier a légué son corps à la science, Jean-Louis Fournier est allongé sur une table glaciale. Il se regarde.

Une jeune et séduisante médecin va le dépecer et, le dépeçant, déployer son corps devant nous. Que révèlera le genou, le doigt, la main, le cœur de l’auteur ? C’est à travers ce découpage de l’écrivain que l’écrivain revisite sa vie. On assiste ainsi à une fresque, une mosaïque : de courts textes qui pourraient se lire individuellement en dépit du trajet qu’ils proposent.

L’auteur revient sur son enfance, sur les femmes – nombreuses – qu’il a aimées, sur ses livres, ses enfants, ses amitiés, ses débuts au cinéma. L’ensemble est un éloge à la vie. Même mort, Jean-Louis Fournier est vivant, bien vivant, plus vivant que certains vivants. Car il a un regard acide et tendre à la fois qui lui confère une éternelle âme d’enfant.

Au-delà de cette vie que le corps raconte, Mon autopsie est une formidable aventure d’écriture autobiographique. Le genre est riche, on le savait, mais on a ici la preuve qu’il peut toujours se renouveler. Ou s’inspirer du passé puisque, lisant le récit de Jean-Louis Fournier, on songe aux blasons, ces poèmes du 16ème siècle où une partie du corps était mise à l’honneur afin de louer les qualités de son propriétaire.

Le propriétaire en question ne se donne toutefois pas que la part belle. Le cœur notamment l’oblige à se confronter à des vérités peu glorieuses. C’est le jeu : pour s’autopsier, il faut être nu et se mettre à nu.

L’épreuve est formidablement réussie. Les bons mots jalonnent le texte mais savent alterner avec des pages plus tendres ou plus profondes. Le tout forme un livre de pur plaisir. La mort est une rigolade ! Voilà ce qu’on se dit grâce à Mon autopsie.

Isabelle Rossignol 
(05/10/17)    



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Stock

(Août 2017)
198 pages - 18







Jean-Louis Fournier,
né à Calais en 1938,
a publié de nombreux ouvrages et reçu le prix Femina en 2008.


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