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Elitza GUEORGUIEVA

Les cosmonautes ne font que passer


L'itinéraire d'une fillette de Bulgarie de la dictature de la fin des années 1980 au post-communisme à travers sept années, de son entrée à l'école à sept ans à ses quatorze ans lors de la chute du mur de Berlin.

La fillette qui entre à l’école Iouri-Gagarine se prend aussitôt de passion pour l'histoire de la conquête spatiale et son héros. Elle décide de devenir cosmonaute, alors qu'autour d'elle, les autres filles veulent plutôt être infirmières, ballerines, ou  faire comme leur mère. Mais ce n'est pas facile de mener à bien ce projet quand seul son grand-père la soutient.
« Ta mère est furieuse et ses deux yeux ne forment plus qu’un seul rayon X qui te scanne de la tête aux pieds. Tu ne peux pas devenir Iouri Gagarine car il est : a) un homme, b) soviétique, c) toujours souriant, discipliné et opérationnel (contrairement à toi qui es : une fille, bulgare, dont la seule préoccupation est de faire des bêtises) te dit ta mère, en reprenant ta méthode d’énumération des phénomènes de la vie qui t’aide à mieux la concevoir. D’une part cette idée est totalement à côté de la plaque, et d’autre part la question de ton futur métier ne se discute plus depuis que la voyante Vanga, phénomène national paranormal et référence sûre, a prédit pour toi une carrière brillante de cantatrice d’opéra, ce dont toute la famille est d’ores et déjà très fière, te dit-elle. »
Mais la petite fille quand tout le monde lui dit qu’une fille ne peut pas être Iouri Gagarine, même pas le temps d’une représentation lors de la fête de l’école, sait que « chaque héros a besoin d’épreuves ». Elle s'obstine mais s’aperçoit rapidement que distinguer le vrai du faux n’est pas si simple dans l’atmosphère soupçonneuse de l’ère soviétique. «Ton grand-père est communiste. Un vrai, te dit-on plusieurs fois et tu comprends qu’il y en a aussi des faux. C’est comme avec les Barbie et les baskets Nike, qu’on peut trouver en vrai uniquement si on possède des relations de très haut niveau. Les tiennes sont fausses…»

C'est alors que Gagarine se trouve décrédibilisé, l’école débaptisée et le communisme désavoué suite à la chute du mur de Berlin. Vient alors l'ère des discours contradictoires, de la transition démocratique qu'accompagne un effondrement économique illustré pour elle par les pénuries dans les magasins. C'est aussi une Bulgarie nouvelle qui s'ouvre aux chaînes étrangères comme MTV avec l'irruption de nouveaux modèles comme Kurt Cobain (Nirvana). Celui-ci prend alors la place de Iouri Gagarine dans ses rêves. L'adolescente renonce à sa carrière de cosmonaute et se donne tout entière, avec le même caractère consciencieux et sérieux, à un avenir de chanteuse  punk-rock. Malgré la mort de sa nouvelle idole, sa détermination lui a permis de trouver des comparses enthousiastes, non à l'image de son amie et rivale scolaire Konstantza qui a rejoint sa mère en Grèce mais des jeunes survoltés plus intéressés par l’ouverture du McDonald’s que par l’école, pour son projet de groupe de musique révoltée.
Son projet musical avortera aussi sûrement que le précédent mais permettra à l'héroïne maline et à l'écoute d'intégrer les nouveaux modes de fonctionnement de l’ère post-soviétique et des médias.

Face au chaos ambiant et au basculement progressif de son grand-père aimé dans la folie, l'héroïne finit par envisager l’exil comme seule perspective. Dédaignant alors la Russie de Gagarine et les États-Unis de Nirvana, rejetant la proposition de son professeur de français d'aller en France, elle  choisira de rejoindre son amie Konstanza dans cette Grèce symbole de la démocratie.

 

   Le titre du livre restitue parfaitement l'essence du roman : tout comme les cosmonautes, les héros et les rêves ne font que passer.
« Ce premier roman a trouvé le ton elliptique et malicieux pour conjuguer l’univers intérieur de l’enfance avec les bouleversements de la grande Histoire. Grâce à la naïveté fantasque de sa jeune héroïne, Les cosmonautes ne font que passer donne à voir comment le politique pénètre la vie des individus, détermine leurs valeurs, imprègne leurs rêves, et de quelle manière y résister. «  (dossier de presse)

La société qui entoure l'enfant et les mutations auxquelles elle assiste nous sont racontées à la deuxième personne du singulier comme si la fillette s'adressait directement à nous pour nous faire part de ses histoires de gamine, à l'aide, bien sûr, de la sacro-sainte méthode d'énumération en trois point que lui a enseignée sa mère et de sa fantaisie naturelle non exempte de charme.
Les héros et les rêves aident la petite fille à grandir et comprendre l'évolution du monde autant que celle de son corps et son esprit vers l'adolescence. En cela, au travers de la prise de conscience de l’impermanence des choses, le récit s'apparente au classique "roman d'initiation" si souvent proposé aux adolescents.

Le ton est juste, l'ensemble vif et il y a là un humour irrésistible (que l’auteur dit avoir hérité de son pays, cette Bulgarie qui n’a « jamais eu de bol et a choisi d’en rire ») pour dire très simplement avec la fraîcheur d'un regard d'enfant la complexité d'un monde qui bascule.

On sourit autant qu'on est ému par ce premier roman original et sympathique.

Dominique Baillon-Lalande 
(16/01/17)    



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Verticales

(Août 2016)
184 pages - 16,50













Elitza Gueorguieva,
née à Sofia en 1982, vit depuis quinze ans à Paris où elle a obtenu
un master de création cinématographique et un autre de création littéraire. Les cosmonautes
ne font que passer

est son premier roman.