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Anne-Isabelle LACASSAGNE


Des femmes en noir




Mort de Pascal Foucher, curé discret, aimable et vieillissant, exerçant paisiblement dans la même paroisse depuis des années. « Un si bon prêtre ! » disaient ses paroissiens ! 

Quand le certificat médical complété par son médecin aboutit sur le bureau de Charlotte, la chancelière dont le rôle est essentiellement de gérer les archives et de s’occuper des dossiers en veillant au bon fonctionnement de l’archevêché et au respect des règles de l’Église, elle n'en croit pas ses yeux : le prêtre était sans contestation possible… une femme ! 
Comment cette femme s'est-elle retrouvée là ? Qui savait ? Et si ce n'était pas un cas isolé ?
Abasourdi, furieux que toute la hiérarchie ait avec lui été bernée, inquiet des retombées éventuelles si la nouvelle de ce travestissement non soupçonné pendant presque 40 ans venait à transpirer, l’évêque alerté décide d'envoyer deux de ses collaborateurs mener l’enquête pour comprendre comment et pourquoi cette usurpation d'identité a pu avoir lieu, qui était au courant et depuis quand... en restant le plus discret possible. Pour vérifier aussi que cette anomalie est bien un fait unique.

Pour cette délicate investigation, à Charlotte dont il connaît les qualités de rigueur comme légiste et la loyauté envers l'église et l’archevêché mais dont il pressent néanmoins la curiosité et la fascination que peut exercer ce personnage féminin transgressant les interdits dus à son sexe, l’évêque a adjoint un homme de prière, le père Bernard-Marie, un ecclésiastique austère et rigide en qui il a pleine confiance. Un étrange tandem  que tout sépare et qui va devoir, parfois avec difficulté, apprendre à s’apprivoiser, à se respecter et à conjuguer leurs recherches. Si Charlotte enquête de son côté, remontant jusqu'à l'enfance du père Foucher pour comprendre ce qui a pu pousser une femme à endosser ainsi un rôle uniquement réservé aux hommes, le père Bernard-Marie se focalise sur sa culpabilité et mène son investigation dans les milieux ecclésiastiques pour découvrir les failles hiérarchiques et débusquer les éventuelles complicités. Il leur faudra ensuite croiser les renseignements obtenus pour tenter de dénouer cette singulière et troublante mystification...


Point de précipitation dans ce roman qui s'attache à faire le tour de la question, écoute les témoins, réfléchit, et parfois, quand l'un ou l'autre croit avoir saisi une piste, creuse le sillon qui se présente. Et c'est dans les coulisses d'un parcours qui mène de la vocation à l'exercice d'un sacerdoce, toute une galerie de personnages (familles d'accueil des années 50, séminaristes à l'époque des expérimentations liturgiques post-Vatican II, jeunes prêtres d'aujourd'hui) qu'Anne-Isabelle Lacassagne dans un style simple, vif et direct, campe ici.

Ce livre avec Charlotte, femme, mère et fervente croyante, avec la mère d'accueil de Pascal ou la fille du gardien du logement qu'il occupait avec sa mère biologique auparavant qui restera sa seule amie,  est une belle ode à la femme que l'auteur nous offre. Sainte Geneviève, sainte patronne de Paris, femme courageuse et tenace, est la référence qui vient compléter le tableau d'une présence forte. 

À une époque où la crise de foi pour devenir et demeurer prêtre se fait sentir et où la question du mariage des prêtres se pose régulièrement, ce livre au sujet original et au postulat initial audacieux permet l'exploration de l'univers secret et feutré de l'Église catholique. Mais au-delà du milieu ecclésiastique, il s'attache aussi à interroger la transmission de la foi au sein de la famille, à questionner la place de la foi dans la société contemporaine et celle des femmes dans l’Église.

Un roman singulier, mené comme une enquête vive et non sans humour, que l'incongruité du scénario rend accessible à tous et qui parvient, au fil de révélations parfois surprenantes,  à capter notre intérêt jusqu'à la fin. Avec la possibilité pour les athées peu concernés par les questions d’église de  s'attacher à cette femme à l'itinéraire masculin et de doubler sa lecture par une généralisation du questionnement posé en direction de la réalisation de l'être à travers ses choix de vie.

Comme le dit l'ami, le médecin de Pascal : « Avec leurs mystères, avec leurs secrets. Ils s'étaient reconnus, d'abord sans parole, en taiseux. Des écouteurs discrets à qui l'on raconte des tas de trucs et qui les gardent pour eux, des pudiques qui ne parlent jamais d'eux-mêmes, comme si ce n'était pas intéressant, mais surtout deux grands curieux. Qu'est-ce que les gens faisaient de leurs vies ? Comment l'utilisaient-ils ? Est-ce qu'ils la subissaient ? Se laissaient-ils aller très mollement ou au contraire imprimaient-ils leur marque ? Lui sondait les corps et le curé les âmes. Deux langues différentes pour s'adonner à la même curiosité. »

Une surprenante découverte !

Dominique Baillon-Lalande 
(13/04/17)    



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Rouergue

(Janvier 2017)
224 pages - 18,80














Anne-Isabelle Lacassagne
auteure de livres pour enfants, est membre d'un service diocésain.
Des femmes en noir
est son premier roman
pour adultes.


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de l'auteure :
www.anne-isabelle
lacassagne.com