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Hervé LE TELLIER

Toutes les familles heureuses



L’écriture d’Hervé Le Tellier nous a habitués à beaucoup d’humour dans ses ouvrages précédents. Nous ne sommes pas déçus dans ce récit. Malgré la dureté de certaines situations nous rions et sourions de l’absurdité de ces relations familiales, des moments dramatiques ou de leur présentation chargée d’une ironie grinçante : « J'imaginai aussitôt l'accident. Le cercueil leur échappant forcément, il allait enfoncer les capots avec fracas, détruire les pare-brises, peut-être même s'ouvrir ? Le constat à l'amiable promettait de faire sourire dans les bureaux de la MAIF, assureur-militant : "Je suis le cercueil A. Vous êtes le véhicule B." » C’est un art très difficile mais Hervé Le Tellier est expert en ce domaine. Rire de lui, de ses sentiments profonds qu’il nous révèle pour la première fois, prendre de la distance face aux évènements difficiles de la vie est une constante au fil du texte qui donne toute sa force à la sincérité qui est exprimée.

En effet, dans ses précédents textes de fiction et ses textes aux contraintes oulipiennes fortes comme Joconde jusqu’à 100, La chapelle sextine… Hervé Le Tellier révélait peu de lui. Dans Toutes les familles heureuses, il se livre avec une grande sincérité qui génère beaucoup d’émotions. Nous sommes pris par le récit qui est bien rythmé, bouleversés par certains passages, et l’on dévore le livre en espérant toujours du bonheur au milieu de ce manque d’amour : « Il y aurait du scandale à ne pas avoir aimé ses parents. Du scandale de s’être posé la question de savoir s’il était ou non honteux de ne pas trouver en soi, malgré des efforts de jeunesse, un sentiment si commun, l’amour dit filial. »

Voilà comment commence le roman autobiographique d’Hervé Le Tellier qui n’a jamais été aimé de ses parents et donc le leur rend bien. Il n’a quasiment jamais vu son père, a été élevé par ses grands-parents dans les premières années de sa vie puis par sa mère et un beau-père tout en étant presque toujours chez ses grands-parents qui habitaient dans le même immeuble, deux étages en dessous. Il était très attaché à son grand-père.

Nous rions donc parfois de la cruauté du propos grâce à une acidité jouissive.

C’est un très beau texte qui ne peut laisser indifférent. Voilà ce qu’en dit Hervé Le Tellier : « Mon père, mon beau-père sont morts, ma mère est folle. Ils ne liront pas ce livre, et je me sens le droit de l’écrire enfin. Cette étrange famille, j’espère la raconter sans colère, la décrire sans me plaindre, je voudrais même en faire rire, sans regrets. Les enfants n’ont parfois que le choix de la fuite, et doivent souvent à leur évasion, au risque de la fragilité, d’aimer plus encore la vie.  »

Brigitte Aubonnet 
(24/08/17)    



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Lectures









JC Lattès

(Août 2017)
224 pages – 17 €



Bio-bibliographie
de l'auteur sur
Wikipédia



Hervé Le Tellier
sur le site de l'OULIPO :
www.oulipo.net/
oulipiens/HLT





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