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Romain R. MARTIN

Vermines



« À la fois comédie burlesque et thriller campagnard », « Un livre surprenant à l’humour corrosif », « Une histoire transgressive et cruellement drôle »… Ces phrases empruntées à la quatrième de couverture donnent une bonne idée de l’originalité de ce roman. On peut difficilement en parler sans employer un oxymore tant l’humour et la noirceur cohabitent étroitement. Au cinéma, on serait dans un univers proche des réalisations d’Albert Dupontel, où la méchanceté le dispute à la naïveté, avec un grand naturel, sans aucune culpabilité. Quand on ajoute le sens de la formule et des télescopages sémantiques, on obtient un texte étonnant et attachant, à la fois drôle et féroce.

Dès la première page, on est mis dans l’ambiance avec la mort du chien.
« Le pauvre Einmal est mort, écrasé lamentablement par une massive et très jolie armoire normande, style Louis XV, disons milieu du XIXe siècle. On ne peut pas dire qu'il ait tellement souffert sous le poids de l'objet tant le choc fut net et l'aplatissement total.
Et dire que j'ai passé un temps fou à essayer de lui apprendre à se coucher... »

Arnaud le narrateur est comme ça, profondément égoïste, tenant toujours les autres pour responsables de ce qui leur arrive.
Ainsi pour ce chien qu’il avait depuis une semaine et qu’il détestait.
« Comment pouvait-on avoir haï si rapidement un tel animal ? Si j'avais été à sa place, je me serais sérieusement posé la question de ce que je pouvais susciter chez l'autre, non ? Peine perdue j'imagine... »
Et pour la pauvre madame Clarence qu’il a renversée avec sa voiture et envoyée à l’hôpital pour de multiples opérations.
« Il faut bien avouer que malgré mes excuses de circonstance, nos relations avaient été aussitôt tendues, ternies de son côté par ce malencontreux accident de circulation. Comment pouvait-elle choisir sciemment d'ignorer que ce genre de mésaventures arrivaient quotidiennement et par dizaines sur notre territoire ?
Elle faisait des manières, mais en vérité, je savais que madame Clarence n'était absolument pas catholique et, de ce fait, le pardon lui était totalement étranger. Pauvre existence.
Je me souviens que le jour de son retour, en la regardant accrochée à son déambulateur en train de pester et de se démener pour remettre en place sa minerve en bois, j'avais ressenti cette enfantine rancune entre voisins comme une bien triste chose. »

Arnaud est un personnage solitaire, sans aucune pulsion sexuelle, naturellement cynique et involontairement provocateur, sans aucun état d’âme. Professionnellement, il est taxidermiste. Il travaille avec Pascalin, un garçon naïf et sans ambition, propriétaire d’une vieille boutique que sa tante lui a léguée. C’est là qu’ils passent leurs journées. Arnaud, au sous-sol, « redonne vie à des animaux morts » ou restaure des bêtes naturalisées que des clients du monde entier lui envoient parce que le temps les a défraichies ou abîmées. En haut, Pascalin s’occupe de la boutique et accueille la clientèle. Leur commerce marche plutôt bien.

Mais voilà qu’après la mort du chien écrasé par l’armoire, leur tranquille existence dérape et tourne au thriller. Arnaud trouve sur son seuil une inscription anonyme, « Tu tues je t’empaille » et une carte mémoire contenant un fichier vidéo. Qui le menace ainsi et pourquoi ? C’est ce qu’il va chercher à découvrir au fil d’une enquête dévoilant nombre de surprises et de secrets…

Chaque chapitre est introduit par un exergue emprunté à la littérature. Ainsi, pour le troisième chapitre, c’est Cioran qui est mis à contribution : « Ne nous suicidons pas tout de suite, il y a encore quelqu’un à décevoir ». Voilà de quoi créer une ambiance joyeusement désespérée…

Une belle occasion de découvrir un nouvel auteur puisqu’il s’agit d’un premier roman. Espérons que d’autres coups de maître suivront ce coup d’essai. A suivre…

Serge Cabrol 
(26/10/17)    



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Flamant Noir

(Août 2017)
192 pages - 19,50












Romain R. Martin,
né à Vire en 1980,
a travaillé cinq ans
dans la police avant de se consacrer à l’écriture
de son premier roman.