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Valérie MRÉJEN

Troisième Personne


De la douceur, voici ce que nous apporte Valérie Mréjen avec son dernier ouvrage. De la douceur et des sourires aussi. Parfois même quelques rires francs, heureux. C’est tout un art de vivre qui se déploie dans les pages de Troisième Personne.

Qui est-elle cette Troisième Personne ? Une enfant. Une petite fille que l’on suit de sa naissance à ses quatre ans, peut-être cinq. L’âge ne compte plus puisqu’elle est là, inscrite dans le monde. Elle perturbe, elle éblouit, elle apprend et, apprenant, elle nous tend un miroir : comment étiez-vous, vous, lorsqu’on a retiré pour la première fois les barreaux de votre lit ? Alliez-vous en catimini dans le couloir ? Et lorsque vous marchiez dans Paris, la Seine n’avait-elle pas pour vos yeux neufs des airs de grande mer sans fin ?

Vous, parents, comment étiez-vous en sortant de la maternité ? Comment est-ce de se sentir père, de se sentir mère ? À en croire Valérie Mréjen, le monde, dès lors que l’enfant existe, se pare de messages nouveaux, de vues nouvelles. La jeune maman pourrait presque le croire, elle aussi, que la Seine est la mer. Pourquoi pas ? C’est vrai : pourquoi ne pas regarder plus souvent le monde avec les yeux de l’enfance ?

Cette question traverse le livre sans aucune mièvrerie. Le talent de Valérie Mréjen est trop subtil pour tomber dans ce travers. Il est trop universel aussi pour réduire le récit à de l’anecdotique. Certes, on suit la vie d’une famille mais on la suit par éclats, sans chronologie. C’est une constellation de faits et de jours qui, mis bout à bout, forment un livre qui ne pouvait s’appeler autrement que Troisième Personne tant c’est cela qui est central dans les pages : il y a là un troisième être et ce troisième être nous fait devenir une personne autant qu’elle le devient elle-même.

Bien entendu, le livre est écrit à la troisième personne. Elle la mère, il le père, elle la fillette. Ensemble, ils forment un ils, troisième personne encore, pluriel évidemment. Pluriel comme le pluralité de ce que nous sommes et que l’enfant révèle ; en nous donnant par exemple de petits cailloux pour ne pas que nous nous perdions. Sait-on jamais avec les grands ?

Isabelle Rossignol 
(29/03/17)    



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Lectures








P.O.L.

(Janvier 2017)
144 pages - 10





Valérie Mréjen,
née en 1969 à Paris, est romancière, plasticienne
et vidéaste.

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