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NIMROD

L’enfant n’est pas mort


Afrique du Sud dans les années 1960, en plein régime d’apartheid, de violence raciste à l’égard des Noirs parqués dans les ghettos. Une  manifestation pacifique de 10 000 Noirs contre le « Pass de la honte » est noyée dans un bain de sang à Sharpeville.

Ingrid Jonker, fille d’un dignitaire du régime, est journaliste à Cape Town. À la sortie du ghetto, un bébé de 20 mois est tué par la police dans les bras de sa mère à un barrage de contrôle. Ingrid est révoltée, écœurée. Elle veut manifester sa solidarité à la mère du bébé malgré l’état d’urgence et le couvre-feu. Elle n’était jamais allée à Nyanga,  le ghetto de Cape Town. Entre Bulelani et Ingrid, elle-même maman d’une fille de 20 mois, la compréhension est totale. Ingrid est bouleversée par ce crime et par cette rencontre. Elle écrit d’un jet son poème « l’enfant tué par les soldats à Nyanga ». Sa publication fait scandale.

Trente ans plus tard, Mandela monte à la tribune du premier parlement démocratique d’Afrique du Sud et ouvre son discours par le poème d’Ingrid Jonker devant l’Assemblée stupéfaite ; « du jamais vu ». Puis il ajoute :
« Elle s’appelait Ingrid Jonker.
Elle était à la fois poète et Sud-Africaine.
Elle était à la fois une Afrikaner et une Africaine.
Elle était à la fois une artiste et un être humain.
Au milieu du désespoir elle a célébré l’espoir.
Face à la mort, elle a affirmé la beauté de la vie. »
Certains Afrikaners se souviennent d’Abraham Jonker, le père d’Ingrid : il dirigeait la commission parlementaire de la censure. « Mandela avec 30 ans d’intervalle, s’élève  comme pour détricoter son œuvre. En lisant le poème de sa fille, il ne pouvait choisir de plus fort symbole. Il ne pouvait frapper plus fort ni solliciter plus intensément l’imagination des Afrikaners. »

Puis Nimrod nous ramène à la prison de Robben Island où Mandela a découvert les poèmes d’Ingrid. Grâce à ces paroles, il pourra mettre un nom sur les sentiments contradictoires qui l’animent ;
« …plus je me perds / plus je marche sur mes regrets. »
Aucun de ses compagnons de lutte n’a su prononcer de telles paroles. Ces poèmes seront pour Mandela un baume, une force pendant toutes ces années.

Nimrod fait alterner à chaque chapitre les destins d’Ingrid et de Mandela ; Ingrid la combattante, raillée dans la communauté blanche même par les communistes qui militent pour la cause noire. Isolée, incomprise, si fragile et si forte à la fois. Mais qui ne supportera pas d’être reniée par son père.  Et Nelson Mandela en prison qui lit et relit les vers d’Ingrid d’abord dans leur traduction anglaise puis en Afrikaans quand Mandela maîtrise cette langue « la plus haïe d’Afrique du Sud ». Pendant cinquante ans, Mandela répète tous les matins, tel un mantra, cette phrase : « le ciel est plein de roses / la rose est vulnérable ».
C’est l’un des secrets de sa survie nous dit Nimrod qui semble avoir une compréhension intime de cet homme : sa période de jardinier dans la prison de Pollsmor où il fournit l’établissement en légumes ainsi que le personnel. Les périodes plus sombres à Robben Island avec « la gangrène imaginaire qui ronge le sang et le cœur ». Ses aspirations profondes à « opérer l’alliance de l’Ancien et du Nouveau…des Blancs et des Noirs, de la poésie et de la vie ».

Tout le livre est rythmé par des extraits des poèmes d’Ingrid. C’est comme un chant dont l’écho résonne encore trente ans plus tard et grâce à Nimrod, jusqu’à nous.
La prose incisive et poétique de Nimrod met en correspondance ici Mandela et Ingrid Jonker.

Dans d’autres livres il prête sa plume aux grandes figures qui ont lutté pour la défense du peuple noir : Rosa Parks, Aimé Césaire ou Senghor.

Nadine Dutier 
(17/02/17)    



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Bruno Doucey

(Février 2017)
160 pages - 15,50







Nimrod,
né au Tchad en 1959, poète, essayiste et romancier, a publié une quinzaine de livres et obtenu plusieurs prix littéraires.



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